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Choisir son psy reste un casse-tête (pour Le Monde)

Publié le 11 avril 2011

"Créé en mai 2010, le registre national des psychothérapeutes n’est toujours pas accessible au public."


Cet article provient d’un éditorial publié sur cifpr.fr, sa commodité provenant du référencement fréquent au glossaire du site en question, qui soulage et allège la rédaction du texte. Sans les hyperliens que deviendrions-nous ! PHG

Casse-tête ou peine perdue ?

En fait l’Arrêté, et non le Registre, date du 9 juin et non de mai. La mise en place suit son cours, tout se déroule normalement. À ce sujet on consultera avec profit ici même l’article bien documenté d’Arlette Gastine. Laissons les ARS et les CRI se mettre au travail. Les néo psychothérapeutes se répartiront toujours du même côté du Carré psy, médecine et psychologie, qui reste de même structure. Nous continuons d’habiter à la même adresse, jouxtant la psychanalyse, et de conserver notre spécificité et légitimité. Nous apprenons que Martine Laranche a passé du temps à se faire expliquer tout cela par l’AFFOP, pour au bout du compte oublier l’interview. Cette peine perdue n’a évidemment pas arrangé la présentation qui nous est faite de ce qui n’est au fond pas si casse-tête que cela, allez, la prochaine fois on fera mieux !


suggestion ou réflexion sur soi

Efforçons-nous d’y voir clair dans ce qui est en train de se mettre en place, de s’institutionnaliser dans notre pays au sein de l’univers psy. Daniel Widlöcher a parfaitement raison de distinguer deux courants et deux seuls, "les thérapies de suggestion ou les thérapies de réflexion sur soi [1]". Cela permet de s’y retrouver dans un contexte pas évident à déchiffrer pour des non professionnels. Restent les superpositions, cumuls, intégrations et confusions, qui font que les meilleurs peuvent s’y perdre. Nous aimerions ici contribuer à améliorer la figure que Martine Laranche s’efforce de fournir. Il s’est glissé dans tout cela quelques omissions et malformations que nos précisions aimeraient contribuer à rectifier, pour une meilleure et plus exacte intelligence de notre complexe matière concernant les professions et disciplines relatives au psychisme.

défaut de construction

L’autrice de l’article reconstitue le Carré psy mais se prend les pieds dans tapis et le dessine de guingois. L’exercice n’étant pas facile, qu’elle soit pardonnée, mais au prix de n’en pas rester là. Par "psy" dit-elle en guillemettisant le terme (pas la peine il est à présent dans la langue), "par " psy ", on désigne une galaxie composée de quatre grandes familles : les psychiatres, les psychologues, les psychanalystes et les psychothérapeutes". Objection votre Auteure, le nouveau titre de psychothérapeute, appelons-le psychothérapeute NN – NN pour nouvelles normes –, se trouve réservé désormais aux psychologues, médecins et psychiatres, auxquels s’ajoutent de façon factice les psychanalystes puisqu’il figurent déjà sur la liste à titre de psychologues, médecins et psychiatres, à de rares exceptions près – double casquetisme, fréquent dans les milieux psys (sans guillemets). Du coup, par construction, notre place à nous au sein du Carré psy ne peut lui être attribuée, en tout cas aucunement à titre principal. On ne saurait dire la suite a,b,c,(a,b,c) pour a,b,c,d. Cette erreur provient d’une confusion entre profession, discipline et titre.

renommés

Vous relevez fort justement que "certaines sociétés de psychothérapeutes" – il faut dire désormais de ci-devant psychothérapeutes, ou ex psychothérapeutes, comme on voudra – "ont décidé de renommer leur profession, et de s’appeler "psychopraticiens". Ne cherchez pas davantage, les tenants du quatrième côté du Carré psy ce sont eux, c’est nous, les psychopraticiens. Nous y avons ajouté le déterminant relationnel car c’est ainsi que nous nous démarquons de la mouvance "thérapies de suggestion". Nous préférons parler alors de thérapies objectivistes mais ne nous querellons pas sur des questions de terminologie. De fait on comptera aussi des psychothérapeutes (NN) relationnels (par droit de grand-parentage essentiellement) aux côtés des psychopraticiens relationnels. Avouons que ça n’est pas si évident mais ne simplifions pas la figure au risque d’effacer, de fausser en tout cas, le trait principal, notre juste renommée en pâtirait.

faux carré vrai triangle

Comme quoi en matière psy, construire un carré qui tienne debout peut relever de la quadrature du cercle. Ou de sa triangulation. Car tous les spécialistes mentionnés dans cet article relèvent du triangle des années 60 psychiatrie, psychologie, psychanalyse (cette dernière relevant alors de la psychologie par le biais de la psychopathologie clinique), un triangle qui n’a rien à voir avec le triangle vert de l’objectivation de notre Carré psy, celui dont les deux côtés de l’angle droit sont la psychologie et la psychiatrie. Le triangle années 60 c’est celui qui configure le champ psy comme psychiatrie et psychologie colonisées par la psychanalyse, en l’absence de la psychologie humaniste, alors appelée Nouvelles thérapies, opérant leur révolution hors champ, celle qui bouleversera le triangle pour installer précisément le carré, surgi au cours des années 70, venu au monde conceptuellement vers la fin des années 80. Il est maintenant ringard leur triangle, définitivement mort au début du siècle. C’est pourtant lui qu’exhume notre journaliste, en lui donnant toutefois apparence de carré – a,b,c,(a,b,c), cela fait quatre à partir de trois –. Ce qui manifeste la trace de l’un dans l’autre, en une figure confuse laissant deviner la nouvelle quadrature, revêtue de l’identification triangulaire à l’ancienne.

AFFOP, PSY’G, FF2P, SNPPsy : les quatre piliers de la psychothérapie relationnelle

Aucun ça fait beaucoup, pour parler comme Raymond Devos, aucun ! aucun représentant des psychopraticiens relationnels ne se trouve cité dans l’analyse que fournit Martine Laronche. C’est bien connu, nous n’existons pas. On a fait exprès une loi pour tenter de nous éliminer de la scène psy, plus de dix années de lutte idéologique et politique se sont déroulées, un ministre est venu publiquement nous serrer la main par notre nom, si l’on peut dire, nous avons été présents à tous les débats et avons participé à tous les combats, et nous voici implicitement cités à titre "d’éventuels charlatans" (air populiste rebattu, style Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage, merci La Fontaine) et – un peu mieux –, de "certaines sociétés de psychothérapeutes". S’agissant par là de désigner les quatre institutions historiques à présent réunies sous le sigle de GLPRGroupe de liaison de la psychothérapie relationnelle, qui parlent, impriment, animent des sites, ont des représentants, se manifestent communément. Il se trouve que nous existons, portons des noms, instituons des titres, logeons quelque part sur le côté du Carré psy dont nous avons tracé le concept et les contours, que nous continuons d’habiter, idéologiquement, scientifiquement, épistémologiquement, institutionnellement, professionnellement, politiquement.

GLPR et Cinq critères

Nous avons à dire sur la question choisir son psy. Nous conseillons aux personnes soucieuses d’entamer la démarche d’aller vers soi, de s’adresser à un psychanalyste référé à une société repérable ou un psychopraticien relationnel dûment référencé et agréé par un des organismes relevant du GLPR.

Nous soutenons qu’en effet il ne faut pas le choisir à la légère et fournissons une sorte de charte de sécurité de base avec nos Cinq critères. S’il me vient quelque autre idée à soutenir que celles ici surgies dans l’instant à la lecture de l’article de Martine Laronche, je ne manquerai pas de venir les ajouter à cette première réaction.

Merci au Monde de s’efforcer d’aider le public à s’orienter dans le champ psy, qui ressemble parfois à la forêt de Brocéliande, là où Merlin joue ses tours à la tombée du jour. En tenant compte pleinement de l’exacte topographie du Carré psy, on s’y retrouve un peu mieux. C’est qu’il est des moments où ignorer même à demi seulement revêt une signification politique. Une prochaine fois que Le Monde n’hésite pas à nous contacter, nous pouvons utilement contribuer à informer et éclairer ses lecteurs, beaucoup d’entre nous au demeurant se comptant parmi eux. Pour conclure à la façon de l’article que nous commentons, "l’important est de se sentir compris."

Philippe Grauer


PSYCHOLOGIE

Longtemps, n’importe qui pouvait se déclarer psychothérapeute, ce qui laissait la place à d’éventuels charlatans, sans formation. En mai 2010, un décret est venu réglementer la profession. Très controversé, il reste, un an après, perçu par la plupart des psychanalystes et psychothérapeutes comme une tentative de " médicaliser la souffrance psychique " et de privilégier les thérapies comportementales importées des États-Unis par rapport aux psychothérapies à tendance analytique.

Le décret crée un registre national des psychothérapeutes accessible au public. Pour s’y inscrire, il faut être titulaire d’un master de psychologie ou de psychanalyse, ou d’un diplôme de médecin, et justifier d’une formation en psychopathologie clinique de quatre cents heures minimum et d’un stage pratique d’une durée minimale de cinq mois.

Un an après la promulgation du décret, le registre n’est toujours pas prêt. Les agences régionales de santé commencent tout juste à mettre en place les commissions d’inscription. " On peut s’attendre à ce que le fichier ne puisse être exhaustif avant plusieurs mois ", précise-t-on au ministère de la santé.

Alors vers quel " psy " se tourner pour faire une psychothérapie ? Par " psy ", on désigne une galaxie composée de quatre grandes familles : les psychiatres, les psychologues, les psychanalystes et les psychothérapeutes.

En vertu du nouveau décret, les psychiatres (médecins spécialisés dans les troubles mentaux) sont les seuls à ne pas avoir besoin de formation complémentaire pour être psychothérapeutes. Les psychologues, titulaires d’un master de psychologie, les psychanalystes (qui ont été eux-mêmes analysés et dont les premières années d’exercice font l’objet d’une supervision par un psychanalyste senior) doivent, comme les médecins, bénéficier d’un complément de formation en psychopathologie et en pratique clinique. Les psychothérapeutes installés depuis au moins cinq ans peuvent, sous certaines conditions, bénéficier d’une dérogation.

psychothérapies : pratiques hors du cadre réglementé

Au ministère de la Santé, on précise que le groupe PagesJaunes s’est engagé à partir de l’édition 2012 à inscrire dans la rubrique " Psychothérapeutes " les seules personnes ayant fourni leur autorisation d’usage. Les autres figureront dans une nouvelle rubrique intitulée " Psychothérapies : pratiques hors du cadre réglementé ".

En guerre contre le décret, certaines sociétés de psychothérapeutes ont décidé de renommer leur profession, et de s’appeler " psychopraticiens ".

Mais choisit-on vraiment un psychothérapeute dans les PagesJaunes ? Pour Marie-Frédérique Bacqué, professeur de psychopathologie à l’université de Strasbourg, " la première des choses est de s’adresser à son médecin traitant, qui dispose d’un réseau de psys dans son quartier ".

Coauteur du guide Comment choisir sa psychothérapie, les écoles, les méthodes, les traitements, Odile Jacob, 2006, 352 p., 23,90 euros, Daniel Widlöcher, psychiatre, psychanalyste, y voit plutôt la tâche du psychiatre : " Il doit être en mesure d’aider la personne à s’orienter vers une combinatoire, médicament, thérapie d’orientation psychanalytique ou comportementale. "

Pour cet ancien président de l’Association psychanalytique internationale, il y a deux grandes manières de traiter la souffrance psychologique : les thérapies de suggestion ou les thérapies de réflexion sur soi. Les premières, qui correspondent au courant comportementaliste, guident le patient, lui donnent des consignes pour qu’il lutte contre les symptômes qui le font souffrir. Les secondes, qui correspondent au courant analytique, aident l’individu à se dégager de ses pesanteurs et de ses déterminismes internes par une réflexion sur soi en faisant parler l’inconscient.

Les deux courants se livrent une compétition acharnée, chacun tentant de disqualifier l’autre. Dans un livre qui vient de paraître Choisir une psychothérapie efficace, Odile Jacob, 349 p., 22,90 euros, Jean Cottraux, psychiatre et précurseur en France des thérapies comportementales et cognitives (TCC), passe en revue cinq types de thérapie et conclut à l’efficacité des TCC dans la quasi-totalité des troubles pathologiques, les thérapies psychanalytiques ne les égalant que pour les troubles de la personnalité.

Cosignataire du Livre noir de la psychanalyse, sous la direction de Catherine Meyer, Les Arènes, 2005, 830 p., 29,80 euros, et contributeur d’une expertise Inserm controversée sur l’efficacité des psychothérapies, Jean Cottraux considère qu’ "un bon thérapeute doit être en mesure d’expliquer son trouble à son patient, de lui dire comment il va procéder, combien de temps cela va durer, combien ça va coûter, et quelles sont les alternatives possibles."

Mais si les TCC correspondent à des méthodes transposables et reproductibles, il n’en va pas de même des thérapies d’orientation psychanalytique. "Elles n’ont pas de durée prédéterminée. Elles ne s’attaquent pas uniquement au symptôme mais permettent un meilleur épanouissement de la personne, plus de créativité et une plus grande liberté", poursuit Marie-Frédérique Bacqué.

Par-delà le choix du type de thérapie, deux éléments sont déterminants : le professionnalisme bien sûr, mais aussi la relation de confiance. "Ce qui importe n’est pas tant la technique que le psychothérapeute. On est dans le rapport humain, et, les études le confirment, une thérapie réussie repose sur l’alliance thérapeutique," estime Alain Braconnier, psychiatre et psychanalyste.

N’importe quel médecin généraliste, sympathique ou pas, est capable de soigner une angine. Il en est tout autrement d’un psychothérapeute, qui doit faire preuve d’une compréhension bienveillante... " Quand j’adresse des patients à un psychothérapeute, je les préviens que je vais les envoyer chez quelqu’un en qui j’ai confiance, mais que si cette personne ne leur convient pas, ils peuvent revenir me voir," poursuit Alain Braconnier. On peut voir plusieurs psychothérapeutes et faire son choix, l’important est de se sentir compris.

Martine Laronche
© Le Monde

9-10 avril 2011

Notes

[1Il entend naturellement par là psychothérapies, mais l’apocope permet d’éviter de nommer la psychanalyse comme psychothérapie car elle ne l’admet pas, s’estimant précisément être sortie du champ psychothérapique, laissé aux psychologues et psychiatres. Laissons de côté ce détail, qui comme beaucoup de détails n’en est pas un, ça n’est pas pour rien que le diable est réputé y résider.

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