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Le feuilleton du titre générique de psychothérapeute

Publié le 9 mars 2009

Yves Lefebvre, titulaire du SNPPsy

Un nouvel amendement à la loi réglementant le titre de psychothérapeute, qui était inapplicable en l’état parce que contradictoire en ses termes, vient d’être voté par l’Assemblée nationale pour permettre de rédiger enfin des décrets d’application juridiquement acceptables par le Conseil d’État.

Le feuilleton continue donc dans le sens voulu par M. Accoyer qui croit toujours pouvoir éradiquer l’approche subjective de la psychothérapie relationnelle, celle qui vise à l’intégration de la personne en tant que sujet de sa propre vie selon le “connais-toi toi-même et deviens qui tu es” des philosophes, au profit de l’approche objective voire scientiste qui part de la nosographie psychopathologique fondée sur la description des symptômes pour traiter les troubles mentaux. Avec une exception pour la psychanalyse, la plus prestigieuse psychothérapie “philosophique” à laquelle on ne touchera pas pour raisons historiques et politiques, grâce essentiellement à l’influence médiatique du gendre de Lacan, Jacques-Alain Miller.

Les deux visions, subjective et objective, ont bien sûr toute leur place dans le vaste champ de la psychothérapie. Mais les plus créatifs et peut-être les plus nombreux sont de fait les psychothérapeutes relationnels “philosophes”, qui ont créé leur spécificité professionnelle depuis plus de 40 ans en plaçant la relation et la subjectivité au centre du processus thérapeutique, étayés par le corpus théorique de la métapsychologie psychanalytique, et qui légitiment leur qualité professionnelle sur les cinq critères non universitaires suivants : une psychothérapie relationnelle ou psychanalyse sur soi suffisamment approfondie, une formation théorique et pratique impliquante (les écoles les plus sérieuses accueillent des gens dans la maturité qui se reconvertissent après validation des acquis de l’expérience et les forment à la pratique sur cinq années), le respect des règles de déontologie de la profession, une supervision constante de leur pratique, un agrément par les pairs.

Les psychiatres, les psychologues et les psychanalystes disposant déjà d’un titre prestigieux sous-entendant le droit de pratiquer la psychothérapie, n’éprouvent pas spontanément le besoin d’en changer pour se déclarer psychothérapeutes. En leur donnant le titre qu’ils ne demandaient pas pour le retirer à ceux qui en disposaient jusqu’alors, on est dans un système dont l’inspiration perverse ne peut échapper à un psy de n’importe quelle obédience. Quant aux nouveaux “psychothérapeutes” sur listes préfectorales que veut créer la loi, ils seront formés à la psychopathologie à partir d’un niveau universitaire Master 2, sans qu’aucun des cinq critères qui légitimaient les ci-devant psychothérapeutes dépossédés de leur nom ne soit pris en compte. Ils seront de fait psychopathologues concurrents des psychologues scientifiques, mais rien ne les aura préparés à l’exercice de la psychothérapie relationnelle du sujet.

Quant aux autoproclamés psychothérapeutes, sans formation ou seulement formés à un protocole ou une technique et qui ne sont pas reconnus par une association professionnelle légitime, ils ont principalement servi de prétexte pour tenter d’éliminer les ci-devant psychothérapeutes authentiques que leur compétence rendait concurrents des trois autres mais qu’on a déclarés “charlatans” par généralisation, comme si l’on avait déclaré charlatans tous les médecins au motif que le gourou du Temple solaire était un médecin. Et comme si l’on faisait semblant de croire que c’est le diplôme universitaire qui immunisera contre le charlatanisme ou la psychose.

Par une surdité tenace qui tient au refoulement, les décideurs agitent le contre-investissement des leurres de l’idéologie sécuritaire. Ils sont soutenus par une minorité de responsables d’associations de psychologues, psychiatres et psychanalystes qui s’imaginent servir leurs intérêts corporatistes par la dénégation de la légitimité des psychothérapeutes relationnels qu’ils savent pourtant sérieusement formés à la spécificité de leur pratique. On pourrait parler d’un déni de réalité du monde psy où chacune des quatre professions a pourtant sa spécificité et son public, avec de la place pour tout le monde.

Il aurait suffit d’exiger des psychothérapeutes relationnels d’appartenir à une association professionnelle sérieuse appliquant les cinq critères, à l’instar des psychanalystes dont ils sont assez proches, pour que l’Etat joue le rôle de protection du public qu’il entendait jouer dans ce domaine.
Mais pourquoi faire simple quand on peut jouir de faire compliqué, dans un système pervers dont on s’étonne que d’éminents psy des autres professions se fassent complices ?

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