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Mariage pour tous, les nouveaux inquisiteurs

Publié le 5 octobre 2012

Élisabeth Roudinesco – avec en prélude "Enfin quelqu’un a le courage de protester" par Philippe Grauer

Enfin quelqu’un a le courage de protester

par Philippe Grauer

En réponse au Figaro – qui au demeurant avait publié en septembre un très bel article favorable au mariage des homosexuels de Luc Ferry (qui il y a dix ans était contre, il a pris le temps de réfléchir et c’est tant mieux) – ayant abrité de petites perfidies "d’experts" de la part d’une poignée de psychiatres psychanalystes chipotant avec condescendance dans le plat de l’Histoire et du changement de la famille en cours, réhabilitant les homosexuels pour leur donner le droit de constituer des familles comme tout le monde, Élisabeth Roudinesco, l’autrice de La famille en désordre, a le courage de dire non à l’infamie et de protester contre ceux qui déconsidèrent la profession de psychothérapeute (on le sait depuis Accoyer, au-dessus de tout soupçon) et ceux qui n’ont pas le courage de se désolidariser de ces petites bassesses.

Merci à elle. Et lisez, sinon nos tout petits grands experts, mais surtout de Luc Ferry, le dernier texte des trois proposés ici-même par nos soins :


Voir aussi donc

http://www.cifpr.fr/+homoparentalit...
homoparentalité & psychanalystes conservateurs au Figaro

où l’article de Luc Ferry vient en troisième position.


Élisabeth Roudinesco

Libération, à la Une, 5 octobre 2012 – Suite, page rebonds :

Indigne psychologie de bazar

Face à un projet de loi destiné à permettre aux couples de même sexe de se marier et d’élever des enfants, voilà que de nouveau des psychanalystes, pédopsychiatres et autres cliniciens « experts » se livrent à leur sport favori : la chasse aux homosexuels. Partout dans les médias et maintenant dans le Figaro (daté du 3 octobre 2002), ils prédisent que si cette loi est votée, il n’y aura plus de père, ni de mère, ni de famille. Quant à nos enfants, éduqués dans le déni de la différence des sexes, ils seront voués à la pédophilie et aux ravages d’une sexualité incestueuse. L’un de ces « experts » va même jusqu’à vouloir nous convaincre que les enfants élevés par des personnes du même sexe seraient comparables à des SDF : des « sans domicile filiatif ». Propos indigne !

Déjà, au moment du vote du PACS, en novembre 1999, on avait eu droit à la même déferlante. S’appuyant sur une psychologie de bazar, Les mêmes affirmaient que toute transformation du statut de la famille serait contraire au sacro-saint complexe d’Œdipe, comme si la tragédie de Sophocle remise à l’honneur par Freud à la fin du XIXé siècle, pouvait servir à énoncer des jugements à l’emporte pièce en lieu et place d’une réflexion. Les psys qui s’expriment ainsi semblent oublier que si un concept ne convient plus à une situation, alors il faut le modifier. Et de même que l’on ne dissout pas le peuple quand le peuple vote contre un gouvernement, de même on ne dissout pas une réalité quand celle-ci nécessite d’être pensée selon un nouvel ordre juridique.
Comment des psychothérapeutes osent-ils tenir de tels discours ?

On peut comprendre que des religieux ou des hommes politiques s’opposent à une telle loi : les uns regardent le mariage comme une institution sacrée – une loi divine –, les autres invoquent la tradition ou la nécessité en temps de crise économique de ne pas diviser la communauté des citoyens. Mais des psychanalystes, des thérapeutes, des psychiatres ? Comment osent-ils tenir de tels discours ? Comment osent-ils aller à l’encontre de toutes les études sociologiques qui montrent que depuis des décennies, les enfants élevés par des couples homosexuels ne sont pas très différents des autres enfants, et surtout que ce dont ils soufrent ce n’est pas de l’homosexualité de leurs parents mais du regard que portent sur eux, à l’école ou ailleurs, ceux qui cherchent à les stigmatiser.
Se prendre pour l’incarnation d’on ne sait quelle « loi du père »

Mais il y a pire : comment ces spécialistes de la petite enfance et de l’adolescence peuvent-ils prétendre traiter les problèmes des familles en souffrance – qu’elles soient ou non homoparentales – en tenant de tels propos ? Un thérapeute n’a pas à proférer des injures, il n’a pas à énoncer des diagnostics foudroyants qui n’ont d’ailleurs aucun fondement. Un thérapeute est là pour écouter, apprendre, aider, voire interpréter un discours. Il n’a pas à se prendre pour l’incarnation d’on ne sait quelle « loi du père » qui aurait été bafouée par le transformations normales de la famille.

Ce qui gène ces nouveaux inquisiteurs, c’est que des homosexuels aient voulu se normaliser et intégrer un ordre familial dont ils avaient été exclus pendant des siècles. Ce qui les gène, c’est d’avoir affaire aujourd’hui à des homosexuels qui ne sont plus à leurs yeux les héritiers de Proust ou d’Oscar Wilde. Ce qui les gène c’est que les homosexuels aient réussi à être des parents comme les autres, soit en se conformant au modèle de la famille recomposée, soit en ayant recours à l’adoption, à la procréation médicale assistée ou encore à la gestation pour autrui. Ce qui les dérange, c’est la norme qu’ils prennent pour la déviance.
Pervers un peu benêts

En récusant cette réalité et en déniant aux homosexuels des droits aussi fondamentaux, ces « experts » en psychopathologie occupent dans notre société la place de pervers un peu benêts. Ce sont eux qui imaginent des vices cachés là où il n’y en pas et ce sont eux qui auraient sérieusement besoin d’une bonne cure freudienne pour se débarrasser de leurs terreurs.
Condamner publiquement de tels propos

Ces procureurs sont minoritaires dans leur profession et on se demande pourquoi les associations de psychanalystes et autres pédopsychiatres et psychologues refusent de condamner publiquement de tels propos. Elles comptent pourtant dans leur rangs des praticiens hostiles à toute homophobie, mais aussi des homosexuels vivant en couple et élevant des enfants.
Un discours qui déshonore leur discipline

Il serait temps pour la communauté psychiatro-psychanalytique de se réveiller et de cesser, par son silence, d’apporter une caution implicite à un discours qui déshonore leur discipline

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homoparentalité & psychanalystes conservateurs au Figaro
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