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Psychopraticien ?

Publié le 27 novembre 2008

Yves Lefebvre

Ce texte nous parvient au même moment que celui du fameux décret à valider prochainement. Abondance de bien ne nuit pas. Mieux les concepts et territoires conceptuels seront définis et délimités, mieux on s’y retrouvera dans la complexité des champ et carré psy. Mieux sera soutenue notre politique de distinction et d’éthique professionnelle et citoyenne, qui permette face aux gestionnaires et évaluateurs adorateurs du Chiffre, aux idéologues scientistes, d’opposer le plus clairement possible notre humanisme, partagé avec celui de la psychanalyse.

Yves Lefebvre se penche sur la question : et si nous devions changer de nom pour rester nous-mêmes, étrange cas de figure en vérité ? Il faut en tout cas examiner toutes les hypothèses. Que pensez-vous de tout cela ?

Philippe Grauer


La psychothérapie (au singulier) est une vaste nébuleuse où se noue une relation entre un professionnel du soin de la psyché et une personne qui rencontre ce professionnel parce qu’elle éprouve des difficultés psychiques. Les psychothérapies (au pluriel) sont des formes multiples de soins de la psyché dont les pratiques, les objectifs et les concepts qui les sous-tendent ont parfois fort peu en commun. Le psychothérapeute au sens générique du terme serait celui qui pratique une psychothérapie, mais sur quels critères ? Là commencent les difficultés.

On peut alors tenter un classement catégoriel des différentes psychothérapies. Mais cela ne fait qu’introduire de la confusion parce qu’interviennent inévitablement les intérêts corporatistes ; les scissions d’écoles qui se sont donné un autre nom mais pratiquent la même chose ; celles qui portent le même nom, comme art-thérapeute, mais ne font pas la même chose ; celles qui ont copié un nom prestigieux comme analyste par exemple bien qu’elles ne pratiquent pas du tout la psychanalyse ; celles qui ne reconnaissent que trois ou quatre méthodes et se regroupent pour dominer le marché ; celles qui prétendent que seul l’enseignement de la nosographie psychiatrique américaine qui consiste à mettre des étiquettes sur des syndromes peut fonder le psychothérapeute ; celles qui revendiquent le monopole du diplôme universitaire comme seul critère de compétence même s’il ne comporte aucune formation pratique à la psychothérapie, etc. Le titre générique de psychothérapeute que la loi croit réglementer n’a plus beaucoup de sens dans ce contexte.

Plus fructueux est de considérer les professions déjà existantes indépendamment des méthodes pratiquées, parce qu’alors apparaissent plus clairement des spécificités réelles liées aux différences de formation. C’est le fameux Carré psy de Philippe Grauer, dans lequel il y a deux côtés objectivistes : les professions réglementées de psychiatres formés à une approche médicale du trouble mental, et de psychologues formés à la recherche en sciences humaines ; et deux côtés subjectivistes, les professions réglementées seulement par leurs associations de statut privé, de psychanalystes qui accueillent l’inconscient et qui sont formés à partir d’un long travail initiatique de psychanalyse sur eux-mêmes ; et ceux qu’on appelait autrefois les psychothérapeutes pour les distinguer des autres, formés comme les psychanalystes mais avec des théories pluralistes, parfois intégratives ou multiréférentielles, et des méthodes nouvelles, qui accompagnent une personne pour qu’elle advienne comme sujet de sa propre vie selon le "connais-toi toi-même et deviens qui tu es" des philosophes.

Quant aux autoproclamés psychothérapeutes, sans formation ou seulement formés à un protocole ou une technique et qui ne sont pas reconnus par une association professionnelle légitime, ils ont principalement servi de prétexte pour tenter d’éliminer les ci-devant psychothérapeutes authentiques que leur compétence rendait concurrents des trois autres. La loi a donc dérobé leur nom pour lui rendre son sens générique et le donner aux trois professions qui n’en avaient pas besoin et ne l’avaient pas demandé, parce qu’elles disposent déjà chacune d’un titre suffisamment prestigieux qui les autorise à pratiquer la psychothérapie sans contrôle préfectoral.

Les ci-devant niés existent cependant de fait, nombreux ; ils répondent à une demande du public ; ils sont en plein développement depuis une quarantaine d’années et comptent parmi les praticiens les plus créatifs. Ils continuent et continueront d’exister et de pratiquer.

Ils sont psychothérapeutes légitimes quand ils répondent aux cinq critères de formation de leurs meilleures instances professionnelles :

— une psychothérapie relationnelle ou psychanalyse sur soi suffisamment approfondie

— une formation théorique et pratique impliquante (les écoles les plus sérieuses accueillent des gens dans la maturité qui se reconvertissent après validation des acquis de l’expérience et les forment sur cinq années)

— le respect d’un code de déontologie

— une supervision constante de leur pratique

— un agrément par les pairs.

Mais, si le décret d’application était adopté, ce qui n’est toujours pas réalisé, ils ne seraient pas légalement autorisés à utiliser le titre de psychothérapeutes, s’ils n’ont pas de diplôme universitaire de médecine ou de psychologie ou n’appartiennent pas à une société de psychanalystes.

Ils devraient alors s’appeler autrement. D’où l’idée du SNPPsy de déposer un titre à l’INPI (propriété intellectuelle), dont pourraient disposer ceux qui accepteraient les cinq critères. Cela les distinguerait du fourre-tout des nouveaux psychothérapeutes d’État, au prix d’un travail de deuil de leur ancien nom. Les ex-psychothérapeutes pourraient alors se muer en psychopraticiens ou en praticiens en psychothérapie relationnelle ou autre, le nom (plusieurs ont déjà été déposés par anticipation) sera soumis à débat après consultation de plusieurs associations et avant d’être ratifié par une assemblée générale.

Jean-Michel Fourcade président de l’AFFOP a introduit en 1997 la notion de « psychothérapie de la relation » pour préciser la spécificité des psychothérapeutes d’alors face aux psychothérapies cognitivo-comportementalistes made in USA qui commençaient à se répandre, et face à la psychanalyse cousine mais cependant très différente et néanmoins référence historique et théorique pour la psychothérapie relationnelle. Cette notion permettrait en outre demain de distinguer les ci-devant psychothérapeutes des nouveaux psychothérapeutes, ceux qu’on a appelé les néo-psys sur listes préfectorales, qu’il eût été plus juste d’appeler psychopathologues, listes dans lesquelles nous espérons qu’aucun praticien éthique des quatre professions n’ira se fourvoyer.

Philippe Grauer a récemment précisé le sens du terme relationnel qui lui aussi peut être entendu au sens générique, toute psychothérapie, présentant par définition un aspect relationnel. Mais il devient spécifique quand c’est la relation qui constitue le ressort méthodologique et théorique fondamental indépendamment des outils ou médias utilisés : « Le spécialiste dépositaire du savoir observe, diagnostique et prescrit. Le psychothérapeute relationnel, à l’instar du psychanalyste, ignore, laisse venir et advenir, accueille, écoute corps et âme, se défend, péniblement participe à la découverte. Le savoir qui se constitue est le problématique savoir de soi de la personne venue, dans le jeu de la relation, se chercher ».

Dans toute psychothérapie relationnelle, c’est bien d’abord la relation et son évolution qui permettent d’advenir à soi, dans la liberté et la créativité des moyens et dans la pluralité des théories, conservant en arrière-plan le socle fondateur de la métapsychologie psychanalytique. Ainsi se reconnaissent les psychopraticiens de différentes méthodes qui partagent ensemble la spécificité de leur côté du Carré psy.

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