SNPPsy

Psychopraticiens
Psychothérapeutes
Psychanalystes
Psychologues
Médecins
Psychiatres

Actualités

Psychothérapie : les professionnels s’insurgent contre la loi Bachelot (AFP)

Publié le 16 juin 2009

Quadruple aberration [1]

Psychothérapeutes, médecins, psychiatres, psychologues et universitaires s’insurgent samedi contre le projet de loi visant à réglementer l’usage du titre [générique] de psychothérapeute voté au Sénat le 5 juin.

"Le texte est inacceptable pour l’ensemble des professionnels certifiés, dûment et longuement formées, et pour leurs organisations représentatives", estime un Manifeste signé par 450 spécialistes du secteur, dont Boris Cyrulnik, Cyrille Cahen ou Alain Delourme.

Ce projet de loi doit être soumis à une commission mixte paritaire le 16 juin.

"Le législateur ne fait pas de distinction radicale entre les professionnels formés et certifiés après 4 à 6 ans de formation théorique et pratique et exerçant sous supervision et ceux qui usurpent de façon éhontée le titre", déplorent-ils.

Le projet de loi envisage "d’habiliter des psychologues ou médecins - certes compétents dans leur domaine, mais non formés à la psychothérapie, dans le cadre de l’université", regrette de son côté la Fédération française de psychothérapie et de psychanalyse (FF2P).

"Et cela, en excluant paradoxalement ceux qui sont spécifiquement formés à cette profession indépendante", souligne-t-elle dans un communiqué rappelant qu’"il existe en France plusieurs milliers de psychothérapeutes professionnels, dûment formés à un niveau de master".

Les organisations professionnelles nationales représentatives des 7.000 psychothérapeutes dûment certifiés "sont unanimement hostiles à ce texte qui dévalorise leur formation", indique la fédération dans un communiqué.

Les sénateurs ont ratifié le 5 juin, dans le cadre du projet de loi "Hôpital, patients, santé, territoires" l’encadrement du titre de psychothérapeute par l’obligation d’une formation de haut niveau dispensée dans des établissement agréés.

Cette mesure a été introduite par la ministre de la santé Roselyne Bachelot (Santé) par le biais d’un amendement à son projet de loi lors de la première lecture à l’Assemblée nationale.

Le texte prévoit donc une formation théorique et clinique en psychopathologie clinique accessible aux "titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse ou Doctorat de médecine".


Commentaire de Armen Tarpinian (FF2P)

La loi pèche par une quadruple aberration qui ne ressort pas clairement de la dépêche :

- 1. de réduire la formation à la psychothérapie à celle de psychopathologie. Celle-ci, incluse dans les programmes des Instituts formation à la Psychothérapie, est une condition nécessaire mais non suffisante.
Être psychologue ou médecin et même psychiatre, ce n’est pas être automatiquement chirurgien… ni psychothérapeute ! Ce dont témoignent, dans le Manifeste cité par l’AFP, les 450 professionnels de ces trois disciplines.

- 2. d’ exclure l’accès à la formation à celles et ceux que leur expérience professionnelle (sociale, éducative, paramédicale, etc.) prédispose particulièrement à ce métier.

- 3. de considérer, comme l’a rappelé avec force le Sénateur UMP Alain Vasselle, nulles les années de formation ou de début d’exercice du métier de centaines et plus de ces personnes dont l’âge moyen est de 40 ans environ.

- 4. d’établir un clivage non fondé en termes de qualité de formation et de compétences entre les psychanalystes (reconnus) et les psychothérapeutes (exclus).


Commentaire de Philippe Grauer (SNPPsy)

Psychanalystes : tous psychologues ou médecins

Le point 4 oblitère que les psychanalystes depuis une vingtaine d’années recrutent exclusivement des professionnels chez les psychologues et médecins. En cas de personne du deuxième âge, comme en psychothérapie relationnelle, ils exigent l’effectuation du cursus de psychologie clinique. Donc la politique de la psychanalyse vise à ouvrir le parapluie de la profession différente de psychologue, et à éliminer les praticiens du milieu de vie en reconversion.

Diplôme universitaire + qualification spécifique non universitaire

Nous insistons sur le fait que l’État n’a pas à qualifier un psychanalyste es qualité, pas davantage qu’un psychothérapeute relationnel. Si l’État exige un diplôme universitaire dans une discipline voisine bien distincte, rabattant la qualification exigée sur la psychopathologie clinique, il doit en toute logique stipuler l’obligation de passer 250 heures à recevoir cet enseignement à l’université, en sus de ce que nos Écoles administrent de formation spécifique [2].

De nouveaux savoirs, extra universitaires

Seulement nos formations et Écoles sont privées. Pas par hasard. Parce que nos disciplines sont relativement nouvelles venues, et que l’université ne les dispense quasiment pas. Ça nous apprendra à être originaux et créatifs. À côté de la psychanalyse, dans le même domaine épistémologique de la dynamique de subjectivation, notre discipline dispense un savoir nouveau. Que n’a-t-il donné lieu à publications, thèses, revues etc ? mais si ! Pas dans les bonnes proportions ? Dieu seul sait pourquoi nous ne sommes pas encore officiels. Nous constituons une mouvance, un savoir et une profession émergents (une quarantaine d’années, ça fait déjà deux générations).

À nouveau savoir nouveau mode de transmission : nous avons constitué des Écoles spécifiques. Lourds programmes, auto financés par les apprentis étudiants en reconversion. Les bonnes écoles jouissent de systèmes de garantie de qualité. L’AFFOP est particulièrement vigilante sur ce point. Comme il n’y a pas l’université derrière (variante cursus de psychologue psychanalyste), il a fallu que nos meilleures écoles ambitionnent son "niveau". Certaines, dans un style original, y sont peut-être parvenues.

"Niveau master"

Le § qui dit : " Il existe en France plusieurs milliers de psychothérapeutes professionnels, dûment formés à un niveau de master " se soutient [3] sur le fond pas sur la forme.

Une École privée non agréée d’État peut délivrer un enseignement de haut niveau (sur 2000 heures, la dose professionnalisante). Nous en répondons pour certaines de nos Écoles, agréées par les soins de l’AFFOP. Ça n’est toutefois pas à nous de décréter qu’elles seraient de niveau doctoral ou ce qu’on voudra. Nous pouvons le soutenir mais n’avons pas l’autorité autre que morale pour le déclarer (légalement l’affaire n’est pas établie).

Un diplôme d’État c’est un diplôme d’État, on l’a ou ne l’a pas, si on a autre chose, un diplôme privé "de niveau Master", ou c’est admis par des tables d’équivalences ou rien du tout. Passeport valide ou non. Ça n’empêche pas la qualification, ça n’a simplement rien à voir. Ou plutôt si, ça a à voir avec l’homologation de nos Écoles. Sinon on ne joue pas dans la même cour, c’est parfaitement faisable, mais on ne confond pas tout.

Psychologues et médecins à nos Écoles !

Par contre, à l’instar de ce qui se passe en Italie, on peut raisonner au fond et penser que tout psychologue clinicien, tout médecin, psychiatres compris, devrait avoir passé plusieurs années dans nos écoles (fort heureusement peut-être) extra universitaires pour y apprendre ce qu’elles sont les seules à savoir et pouvoir transmettre, la psychothérapie relationnelle, s’ils ont l’ambition de l’exercer.

Comme ils s’en moquent puisqu’on leur propose gratuitement le titre générique de psychothérapeute, la question ne se pose que pour quelques consciencieux. Et il en existe. De plus, on peut parfaitement se dire psychothérapeute générique sans exercer selon nos théories, méthodes et critères spécifiques.C’est pour cela que nous avons choisi de nous dire et définir relationnels , tout le monde ne l’est pas, cela procède de la diversité au sein du carré psy.

Un peu seulement

Rappelons que nos Écoles forment des psychothérapeutes relationnels un peu, mais un peu seulement, comme les sociétés de psychanalyse forment des psychanalystes. Si les psychanalystes jouissent de par le projet de loi d’un privilège, ça n’est pas es qualité, mais en tant que déjà psychologues cliniciens, c’est par une sorte de collusion organisée, de conjonction institutionnelle des deux professions (psychanalyste est-ce seulement une profession ? autre vaste question).

Système mixte

L’État n’aurait donc pas, en toute logique à nous certifier dans notre sphère spécifique, là où opèrent nos Sociétés savantes et nos syndicats para ordinaux. S’il doit certifier nos praticiens c’est sur le tronc commun en psychopathologie clinique tel qu’il le certifie en son université. 250 heures nous l’avons dit. Éventuellement il pourrait agréer nos Écoles.

Un modèle original de transmission

Oui et non. En fait, nos Écoles forment, et cette formation pourrait se concevoir sur le modèle IUT ou école d’ingénieurs. Alors leurs élèves se verraient certifier connaître la psychothérapie relationnelle, comme à l’université on connaît la psychanalyse ou la psychologie, savoirs universitaires, et ce seraient des sociétés savantes ou le SNPPsy opérant comme para société savante pluraliste, qui qualifieraient en tant que praticiens en psychothérapie relationnelle les étudiants sortis des Écoles agréées. Presque exactement comme cela se passe avec la psychanalyse, et actuellement avec le processus de titularisation dans notre discipline. Presque parce que nos écoles transmettent sur une base expériencielle, selon un modèle original, inexistant ailleurs : ni technique ni ingénierie. Et parce qu’en plus, elles forment par reconversion des personnes d’une quarantaine d’années : formation continue, mais à la charge exclusive des intéressés. Exception française ?

250 ou 2000 heures ?

C’est là que ça se complique et peut devenir tour de passe-passe, à la limite sans même intention maligne. Les 250 heures se voient incluses dans un cursus de cinq ans non fragmentable. On peut en comprendre la logique, sans pour autant la trouver équitable, respectueuse de la diversité, et réaliste. En effet, les psychologues s’insurgent contre l’idée que des élèves d’Écoles non agréées, inqualifiées donc inqualifiables par dérive connotative, se faufilent moyennant 250 heures jusqu’au titre qui doit valoir 2000 heures, de psychothérapeute générique que la loi est en train d’instaurer. D’autre part les psychothérapeutes relationnels se révoltent de constater qu’ils sont systématiquement exclus d’un système qui peine à les intégrer, voire qui se réjouit de tenter de les expulser du champ.

Attention, les 2000 heures de psychologie, même clinique représentent l’enveloppe de la formation à la psychologie, ce qui concerne la psychothérapie c’est peut-être 5 ou 600 heures.

La pizza offerte, c’est la nôtre, aux psychologues

Le cas de figure dans lequel nous tombons demeure singulier. Nous avons mis en place des Écoles à 2000 heures, pour le dire vite, on nous en propose 2000 de plus, mais pour ceux qui auront effectué les bonnes 2000 heures, celles qui comptent, et délivrent le M2, ce sera 2000 acquises plus 2000 gratuites, comme les pizzas, donnant droit à porter notre nom en générique à notre place. Pour nous ce sera la pizza durement payée par nous plus tout aussi durement payée, celle de l’université : 4000, double tarif. Si la manœuvre n’est pas discriminatoire qu’on nous explique ce qui le sera. Évidemment, nous avons nos fours, nous nous contenterons de nos propres pizzas, d’ailleurs une autre variété c’est vrai — qui devront s’appeler tartes salées à la provençale.

Complexité

Autrement dit posé dans ces termes la question a l’air insoluble. Et notre système universitaire français, qui a ses mérites et ses pesanteurs, avec ses conflits interpsys politiques, épistémologiques et autres, ne sait pas pour l’instant envisager de reconnaître des Écoles telles que les nôtres. Dans de telles conditions, le ferait-il qu’on pourrait redouter qu’elles se voient dénaturées, qu’elles y perdent au passage leur âme, leur spécificité. Pas d’inquiétude, nous n’y sommes pas.

Résoudre l’impasse

Il existe des solutions là où tout semble verrouillé. Elles se sont trouvées rejetées, comme le projet de loi Marchand puis la solution Gouteyron qui s’en inspirait. Notre profession sait bien ce qu’est une impasse et qu’on la peut résoudre — en en changeant les termes.

Si c’est bon pour nous tant mieux pour nous tant pis pour eux

Actuellement, de toutes parts on voit s’opposer des logiques rapidement surdéterminées politiquement par de la passion professionnelle, un désir exaspéré de justice, le monde psy aussi a ses vengeurs, cette dernière ne marchant pas l’amble avec l’exaspération, et un désir tout aussi vif d’injustice à l’avantage de celui qui l’éprouve (ça n’est peut-être pas juste mais ça nous est favorable).

La justice viendra sur nos pas triomphant

Voyons ce que tout cela va donner. Soutenons notre cause. La vérité se mettra en marche si nous nous mettons à marcher : elle accompagnera nos pas. Nos institutions poursuivront leur action et nos lieux de formation leur transmission. Le public continuera de bénéficier de notre compétence singulière. L’Histoire nous a déjà donné raison : notre existence, sérieux et efficacité sur le terrain sont faits acquis. Notre syndicat et l’AFFOP font référence. Persévérance dans notre être, nous continuerons notre identité et la déploierons pour le plus grand bien de la société et de l’univers psy. Si nous nous mobilisons bien, le temps travaillera pour nous.

Philippe Grauer


Notes

[1Ce titre est de notre Rédaction.

[2Certaines bonnes Écoles dispensent elles-mêmes environ 500 heures de psychopathologie.

[3Il faudrait examiner dans le détail.

Un message, un commentaire ?
Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?