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Psychothérapie : persévérer dans son être et sa lettre

Publié le 21 septembre 2009

Par Philippe Grauer

La loi crée un titre. Nous pouvons créer un contre titre.

La réalité de l’exercice demeure. S’achemine-t-on vers la profession officielle de psychothérapeute protégée par le titre ? cette profession nouvelle, résultat d’une spoliation en indue forme de notre titre par la médecine, aurait pour vocation de supplanter celle de psychologue et de rendre caducs les privilèges arrachés de haute lutte par ces derniers pour déconnecter la psychologie clinique de la paramédicalisation.

Marché de dupes. Les psychanalystes enchantés de rentrer dans le cadre réservé et préservé des psychologues, au prix de l’abandon des psychothérapeutes relationnels, se retrouveront traités en auxiliaires médicaux au bout du compte. Ils verront corrélativement leurs places universitaires se réduire à la portion hypo congrue.

Les ex psychothérapeutes deviendront-ils psychopraticiens ? En ce qui nous concerne nous dirons relationnels, les collègues feront comme ils l’entendront. Si les institutions historiques et responsables de notre profession se concertaient sur une dénomination commune et s’entendaient pour la garantir collectivement par un accord national, nous exercerions le cas échéant la psychothérapie relationnelle selon nos méthodes et convictions éthiques et épistémologique sous une dénomination alternative unifiée. Affaire à suivre.

Aurions-nous ainsi créé — créé par le nom, étrange performatif, je te nomme carpe — une nouvelle profession ? Distincte de celle des néo psys annoncés dénoncés de longue date, psychothérapeutes officiels proches du cognitivisme, voisine de la psychanalyse puisque comme elle travaillant dans le cadre de référence du processus de subjectivation.

Cette profession existe déjà dans les faits, en tant que profession et non comme fonction d’autres professions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la médecine alliée à la psychologie “scientifique” a entrepris de tenter de la confisquer. Elle existe épistémologiquement, méthodologiquement, institutionnellement. Inscrite dans l’Histoire, en filiation avec la psychanalyse et la psychologie humaniste américaine des années 50, organisée et militante, dotées d’institutions européennes et mondiales, de fédérations et d’Écoles privées capables de professionnaliser en reconversion des étudiants-apprentis dans des cursus de qualité, elle fournit sur le terrain des professionnels qui remplissent honorablement, à tous les sens de ce terme, leur mission auprès du public.

Double paradigme. Elle constitue un élément paradigmatique de la fonction psy, répartie dans le cadre du carré psy entre psychiatrie, psychologie, psychanalyse et elle-même. Elle constitue une alternative au regard de ceux qui refusent pour eux-mêmes la médicalisation de leur existence, ou sa psychologisation. Plus avant elle constitue l’élément paradigmatique du couple qu’elle constitue avec la psychanalyse.

Elle s’occupe de la crise personnelle des gens, qui considèrent par exemple qu’être triste d’un problème de séparation n’est pas synonyme de dépression, qu’avoir des problèmes existentiels — que faire à l’heure de la crise avec ses enfants, son conjoint, de la maladie, de la mort, que faire plus généralement de la question du sens de sa vie au moment où celle-ci nous prend à la gorge, de la question qui suis-je et comme dit l’humoriste dans quel état j’erre ? — ne nécessite ni psychiatrisation amateure médicamentée à la louche par un médecin généraliste ignorant à peu près tout du psychisme ni même à l’autre extrémité de la gamme une divanisation psychanalytique (à moins qu’elle ne soit désirée) mais un travail en dialogue avec une personne d’expérience et d’âge mûr, qui a déjà visité pour elle-même et remis en ordre sa propre vie, connaît bien son métier [1], le travail au long cours relationnel et intersubjectif, et œuvre à partir d’un système de certification, d’éthique et de caution professionnelle solidaire clairement établi.

L’aurions-nous créée cette profession au moment de la renommer, ou bien aurons-nous seulement désigné une profession déjà existante, confirmée par sa renommée précisément, au point de faire l’objet d’une captation, d’une spoliation médicale assortie d’une paramédicalisation, au motif rhétorique que le radical thérapeute relèverait exclusivement de la médecine ? Nous avons si bien publié que nous constituions une profession de soin non médicale que quel que soit le soin mis à distinguer le souci du traitement, la mécanique institutionnelle de captation, s’appuyant sur les antagonismes corporatifs vivaces dans le champ psy, est parvenue à tirer à elle la couverture de notre territoire d’exercice.

La couverture oui, pas le territoire. Notre profession nous l’avons crée et fait vivre depuis les années 60. L’Histoire en atteste. Nous sommes bien l’auteur collectif, sous la direction d’Yves Lefebvre, de : SNPPsy (éd scientifique). Profession psychothérapeute. Paris, Buchet-Chastel, 1996, 363 p.- Treize ans déjà. Treize ans que nous avons marqué le territoire, à peu près quarante ans que nous l’occupons, plus d’un demi siècle qu’elle existe, sans compter ce qui a précédé.

Aucune querelle nominaliste ne saurait occulter la réalité d’une pratique sociale solidement installée. Elle ne saurait empêcher que nous exercions, même éventuellement à l’avenir sous un titre différent ce qu’il faut bien appeler une profession. Constituons-nous oui ou non une profession ? serait-il pertinent de professer que nous exercerions au titre de l’extra territorialité lâchée par la psychanalyse, une non profession, plutôt une sorte de ministère ? une profession peut-elle garantir elle-même le public par ses propres écoles privées, ses syndicats professionnels et fédérations nationales ? Notre existence et persistance, le rayonnement de notre pratique, la continuité de notre autorité morale, en témoignent.

Forts de notre identité et légitimité mises à mal par une loi volontairement injuste, mais incontournables, nous demeurons déterminés à continuer de bien transmettre, encadrer, faire progresser, respecter et faire respecter notre vaillante et indispensable profession. Notre société, le public et le monde psy en ont besoin. À la fois nécessaires et réels pour le dire en termes philosophiques, nous saurons ne pas manquer à l’appel de l’époque, qui a besoin aussi de notre ferment pour mûrir et résoudre sa crise en ménageant toute leur place à l’inconscient, à la relation, au lien, à l’aventure de la subjectivité et de l’intersubjectivité.

Notes

[1Précisément, transmis dans une bonne École — privée certes, et alors ?

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