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Résolution de soutien à l’appel public des psychanalystes et psychothérapeutes britanniques

Publié le 10 janvier 2009

Le texte qui suit nous vient d’Allemagne. On signe cet appel en écrivant à Michael Meyer zum Wischen, psychanalyste à Cologne, Allemagne, dont voici l’adresse : praxismzw@web.de
<http://web.de/>


Il tombe sous le sens qu’en pareille affaire et circonstance la psychothérapie relationnelle a partie liée avec la psychanalyse. Le projet britannique transformerait les deux à la fois en momies d’État.

Davantage de commentaires à venir.

Philippe Grauer


Résolution de soutien à l’appel public des psychanalystes et psychothérapeutes britanniques concernant la situation de la psychothérapie et de la psychanalyse en Grande-Bretagne

Participants à Textura, un groupe psychanalytique orienté par Freud et Lacan à Köln (Cologne, Allemagne), nous sommes très préoccupés d’apprendre que la pratique de la psychanalyse pourrait bientôt devenir impossible en Grande-Bretagne du fait que la plupart des pratiques psychanalytiques seraient rendues illégales. Il s’agit des standardisations actuellement envisagées de la psychothérapie, parmi lesquelles le législateur britannique inclut aussi la clinique psychanalytique et sa pratique.

Le Health Professions Council britannique a reçu pour mission d’établir des standards nationaux pour toute activité psychothérapeutique. À cet effet, ont déjà été élaborées plus de 450 règlementations qui s’appliqueraient à toute thérapie psychanalytique. Feraient partie de ces prescriptions, imposées à chaque psychanalyste, mais aussi à chaque thérapeute, des règlements qui fixeraient presque tous les aspects du cadre, de la pratique et du style du travail psychanalytique et psychothérapeutique. Elles concerneraient, par exemple, le moment, où une intervention devrait être posée, des instructions sur l’expression de « sentiments appropriés », jusqu’au but recherché par ce processus. La fin d’une cure psychanalytique comme de diverses psychothérapies ne serait donc conditionnée ni par la parole de ceux qui s’adressent à un psychanalyste ou à un psychothérapeute, ni par l’orientation de celui-ci, ni par la singularité de l’accomplissement de chaque travail.

L’espace à protéger du travail analytique et psychothérapeutique serait ainsi détruit et rendu impossible. Comme nous avons pu le savoir, la grande majorité des psychanalystes praticiens ainsi que des psychothérapeutes en Grande-Bretagne — malgré leurs différences théoriques — s’accordent sur le fait qu’une telle intervention est inacceptable pour tous ceux qui pratiquent la psychanalyse en tant qu’analysant ou analyste, et qu’en outre différentes formes de psychothérapies deviendraient impossibles du fait de ne pas être « standardisables ».

Orientés par Lacan, nous sommes convaincus que cette régulation de la psychanalyse et de la psychothérapie, poussée à l’extrême en Grande-Bretagne, mais qui existe dans toute l’Europe, contredit fondamentalement non seulement la théorie et la pratique des découvertes freudiennes, dont principalement l’inconscient, mais aussi les travaux d’autres psychanalystes qui — chacun à sa façon — ont poursuivi la cause de Freud et ses questions.

La lecture par Lacan de l’oeuvre de Freud et ses apports à la pratique et la théorie de la psychanalyse nous montre le chemin à suivre. Cette orientation comprend également ce que Lacan a lui-même toujours prôné : la considération et l’interrogation des écrits et de la pratique des collègues appartenant à d’autres courants. En Grande-Bretagne, nommons parmi eux principalement Mélanie Klein, Wilfred Ruprecht Bion, Donald Woods Winnicott et Michael Balint. Nous recevons ces ordonnances britanniques si menaçantes comme une attaque destructrice envers la tradition psychanalytique et sa transmission.

Nous rappelons que la formation du psychanalyste comprend de grandes exigences quant à la qualité de ce travail. En font partie une longue expérience personnelle de la cure psychanalytique, la lecture des textes fondateurs de la psychanalyse, la participation à des séminaires et groupes de travail, ainsi que la supervision et l’analyse de contrôle. Comme il ne s’agit pas — en ce qui concerne la psychanalyse — d’une technique « standardisable », mais d’une éthique toujours ouverte à ceux qui viennent avec leur souffrance singulière à la cure par la parole, la psychanalyse ne peut être transmise qu’à travers des cheminements de formation qui durent des années et qui ne relèvent pas d’une réglementation étatique.

Ceci implique également, que les psychanalystes sont constamment appelés depuis Freud à interroger leur travail, à échanger de façon critique avec leurs collègues, à reprendre toujours à nouveau leur propre analyse ou à retourner en supervision. L’évaluation requise du travail psychanalytique existe bel et bien depuis son début dans une forme propre et souvent particulièrement intense. Lacan tout particulièrement, mais aussi Freud, ont en outre toujours incité les psychanalystes à analyser de façon critique la mesure du savoir de leur temps.

La transmission de l’expérience particulière de la psychanalyse est soumise à des conditions spécifiques. En font partie sa temporalité propre ainsi que la nécessité de concepts qui tiennent compte du fait qu’il s’agit en psychanalyse finalement de quelque chose d’indisponible. Ceci échappe à la logique de notre société marquée par l’ultralibéralisme spéculatif. La psychanalyse examine et explore le lien social entre les humains, ainsi que les formes dominantes de la science en questionnant leurs formes de discours et leur rapport au subjectif dans le sens du singulier.

Nous avons l’impression que la psychanalyse et la psychothérapie sont de plus en plus appelées à devenir les moyens d’un contrôle étatique ou social, voire même judiciaire. Il est par l’exemple déjà avéré qu’en Grande-Bretagne des citoyens soupçonnés de terrorisme doivent être saisis et « traités » dans des cabinets de psychanalystes, ce qui ferait office d’une rééducation.

Toutes ces évolutions méconnaissent qu’il ne s’agit pas en psychanalyse du statistiquement normalisable, du rapidement saisissable et fixable, mais du singulier de la parole dans la rencontre entre l’analysant et l’analyste, qui a rapport à des règles de jeu « qui doivent puiser leur signification dans le contexte du plan de jeu » (Sigmund Freud : Zur Einleitung der Behandlung (1913), GW VIII, p.454). Ceci correspond à la cure analytique en tant que travail de culture et contredit l’idée du « citoyen transparent », de la création de normes pour tout et de la possibilité de contrôler les processus de socialisation.

Dans cette mesure, nous ne considérons surtout pas les événements en Grande-Bretagne et dans d’autres pays d’Europe, l’Allemagne y comprise, dans le sens d’intérêts catégoriels proprement dits. Pour nous, l’essence de la psychanalyse que Freud a nommée « travail de culture » est entièrement en jeu. Il s’agit, quant à cette essence, de l’affirmation de la loi du désir humain face à un Autre compris comme un tout, de l’Autre de l’État et de son autorité. À travers la tentative d’une réglementation de la cure psychanalytique, la normalisation est en revanche élevée au niveau de la « loi ».

Pour nous, en Allemagne, ainsi que pour nos collègues anglais, les États Généraux en France qui ont pu collecter plus de 15 000 signatures en juillet 2008, représentent un espoir. Celles-ci s’adressent à l’Assemblée nationale contre d’avantage de régulation des conditions requises pour une installation comme psychothérapeute et pour renforcer le poids de la psychanalyse. Ces États Généraux comprennent également des psychanalystes de courants théoriques différents.

Nous soutenons avec insistance par cette résolution, également dans le cadre de la solidarité avec le College for psychanalysts à Londres, ainsi qu’avec le Center for freudian and analytic research, les efforts de nos collègues anglais pour rendre intelligible aux administrations sanitaires et aux hommes politiques de leur pays la valeur d’une psychanalyse aussi peu réglementée que possible par l’État, et ceci également dans le sens de la tradition démocratique de la Grande-Bretagne qui donne une valeur particulière au citoyen émancipé. Nous parions par ailleurs sur le fait que le pays qui a accueilli Sigmund Freud lors de son émigration va rester fidèle à la tradition de cette hospitalité par rapport à la psychanalyse, ainsi que pour la transmission de l’ouvre de ceux qui en Grande-Bretagne ont repris la cause freudienne et ont continué à la développer.

Ainsi, nous nous adressons à nos collègues de l’Assoziation für die Freudsche Psychoanalyse (Association pour la psychanalyse Freudienne), des archives Lacan à Brégence (Bregenz), de la Freud-Lacan-Gesellschaft (Association de psychanalyse, Berlin), du Psychoanalytisches Kolleg (Collège clinique psychanalytique), du Lehrhaus für Psychoanalyse (Ecole de psychanalyse) à Hambourg, du Kasseler Forum für Psychoanalyse (Forum de psychanalyse) à Kassel, puis à Munich, du Psychoanalytischer Salon Berlin ( Salon psychanalytique à Berlin), du Lacan Seminar à Zürich et du Neue Wiener Gruppe (Nouveau groupe de Vienne, Autriche), avec lesquels nous travaillons depuis de longues années.

Au-delà de ces associations (germanophones), cet appel et la demande de le signer s’adresse également aux autres cercles psychanalytiques, ainsi qu’à tous ceux qui accordent de la valeur à la Cause freudienne et à la psychanalyse en tant que travail de culture.

Nous allons remettre cette liste de signatures à nos collègues anglais en février 2009 et la communiquer aux États Généraux en France dans le cadre de leur engagement « Sauvons la clinique ». Jusque-là, nous vous invitons à joindre votre signature à cet appel en l’adressant à l’adresse mail de Michael Meyer zum Wischen, psychanalyste à Köln, Allemagne : praxismzw@web.de

Traduction par Gabrielle Devallet-Gimpel (Toulouse)

Les auteurs

Klaus Findl, bildender Künstler, Köln. Miriam Goretzki-Wagner, Coach, Bonn
Andreas Hammer, Dipl.-Psych., Köln. Fotini Ladaki-Schmidt, Dipl.-Psych., psychoanalytische Praxis, Köln. Béatrice Ludwig, Linguistin, Köln. Jean-Baptiste Mariaux, PhD., Köln. Dr. med. Michael Meyer zum Wischen, psychoanalytische Praxis, Köln. Karin Schlechter, bildende Künstlerin, Köln

Les premiers signataires

Karin Adler, Psychoanalytikerin, Paris.. Eckhard Bär, Psychoanalytiker, Sozialarbeiter, Suchtherapeut, Kassel. Ute Bergmann-Näher, Ärztin, psychoanalytische Praxis, Rottenburg / Tübingen. Michel Borsotto, Psychoanalytiker, Coaraze Andréa Bryan, bildende Künstlerin, Köln. Cristina Burckas, Lic. Psych., psychoanalytische Praxis, Freiburg. Christine Chagneaud, Psychologin, Psychoanalytikerin, Albi. Patrick Coadou, Employé mairie, Villeneuve Les Bouloc, Psychopathologie clinique université du Mirail, Toulouse.

Prof. Dr. Marcus Coelen, Institut für romanistische Philologie LMU München, Psychoanalytiker, München. Geneviève Condou, Klinische Psychologin, Toulouse. Gabrielle Devallet-Gimpel, Psychiaterin, Psychoanalytikerin, Blagnac

Harold Dielmann, Dipl.-Psych., psychoanalytische Praxis, Köln. Dr. U. Oudée Dünkelsbühler, Dozentin und Psychoanalytikerin, Hamburg. Dr. phil. Susanne Gottlob, Psychoanalytikerin, Hamburg. Marylène Guery, Dipl.-Psych., psychotherapeutisch-psychoanalytische Praxis, Köln. Annemarie Hamad, Psychoanalytikerin, Paris. Maire Jaanus, Professor of English and Comparative Literature, Barnard College/Columbia University, New York, NY. Franz Kaltenbeck, Psychoanalytiker in Paris und Lille, sowie in der medizinisch-psychologischen Abteilung der Haftanstalt Sequedin am Centre Hospitalier Régional Universitaire de Lille. Eva Kiefer, psychoanalytische Praxis, Salzburg

Bernhard Kreuz, Dipl.-Psych., psychoanalytische Praxis, Neckartenzlingen / Tübingen. Ursula Lefkowitz, Psychoanalytikerin, Rambouillet. Dr.med. Chrisian Kläui, Psychiater und Psychoanalytiker, Basel. Christian Kohner-Kahler, Bewährungshilfe, Universität Wien, FH Linz. Corinne Maier, Psychoanalytikerin, Brüssel. Barbara Meyer zum Wischen, Dipl.-Psych., psychotherapeutische Praxis, Köln. Dr.med. André Michels, Psychiater und Psychoanalytiker, Luxemburg und Paris. Catherine Moser-Fride, Dipl.-Psych., Paris IV Sorbonne, psychoanalytische Praxis, Elchingen (bei Ulm). Andreas Gottfried Müller, Dip.-Psych., psychoanalytische Praxis, Bremen. Dr.med. Peter Müller, Arzt und Psychoanalytiker, Karlsruhe. Susanne Müller, Dipl.-Psych., Kunstwissenschaftlerin, Paris. Prof. Dr. Karl Josef Pazzini, Koordinator des Psychoanalytischen Kollegs ; Universität Hamburg, Fakultät für Erziehungswissenschaft, Psychologie und Bewegungswissenschaft, Sektion 1, Bildungstheorie, Bildende Kunst, Hamburg. Univ.-Prof.. Elisabeth Roudinesco, historienne, directrice de recherches, Université de Paris VII-GHSS. Dr. August Ruhs, Universitätsklinik für Psychoanalyse und Psychotherapie, Wien. Avi Rybnicki, Psychoanalytiker, Tel Aviv. Pieretta Sakellariou, psychologue clinicienne, plasticienne, Toulouse. Marie-Jean Sauret, psychanalyste (APJL), professeur des universités, Toulouse Dr.med Georges Schmit, psychoanalytische und psychiatrische Praxis, Brüssel. Dr. phil Bernhard Schwaiger, Dipl.-Psych., psychologischer Psychotherapeut, Neustrelitz. Madlen Sell, Dipl.-Psych., Freiburg i. Br. Véronique Sidoit, Psychoanalytikerin, Paris. Khadija Taoujni, Étudiante en psychothérapie, Paris. Laure Thibaudeau, Psychoanalytikerin, Paris. Dr. med. Michael Turnheim, Universitätsdozent, Psychiater, Psychoanalytiker, Wien, Paris. Dr. Johanna Vennemann-Bär, psychologische Psychotherapeutin, Psychoanalytikerin, Hann.-Münden, Rom. Rivka Warshahawsky, Psychoanalytikerin, Klinische Psychologin, Israel. Mai Wegener, psychoanalytische Praxis, Berlin. Dr. phil. Peter Widmer, psychoanalytische Praxis, Zürich. Mag. Dr. phil. Markus Zöchmeister, psychoanalytische Praxis, Salzburg

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