Lettre au Dr Thierry Jean
par Patrice RanjardMonsieur,
À la lecture de votre lettre publiée dans Le Quotidien du médecin du 25 juin 2001, je me suis senti insulté : vous opposez ce que font, selon vous, les psychiatres à ce que font, selon vous, les psychothérapeutes, et dans cette opposition vous m’insultez.
Supposer que je puisse “traiter une fonction, motrice, sensorielle, psychique, sexuelle ou autre “ au lieu de “tendre vers la restitution d’une subjectivité qui permettra au sujet d’en restituer le jeu”, c’est m’insulter. Supposer que je puisse “être au service d’une norme” au lieu de “traiter le sujet comme responsable”, c’est m’insulter.Imaginer enfin à propos de mon travail “une tête vide dans laquelle résonneraient les injonctions d’un maître”, c’est m’insulter gravement.
C’est réellement de la diffamation, qui présente mon travail comme l’action d’un gourou de secte.Or vous ignorez tout de mon travail. Je n’ai aucune raison de critiquer les psychiatres en bloc. Mais vous conviendrez que les diplômes de médecine et de psychiatrie ne garantissent pas que le médecin ait la conception du soin que vous dites. Les diplômes ne garantissent rien quant à la qualité humaine des diplômés, ce n’est pas leur objet. Si je voulais critiquer les psychanalystes, j’aurais au moins l’avantage de savoir de quoi je parle, tandis que vous vous permettez de critiquer les psychothérapeutes en bloc, alors que, de toute évidence, vous ne savez pas de quoi vous parlez.
Je vous accorde qu’il y a du tri à faire dans ce qui se dit psychothérapeute (c’est d’ailleurs ce que fait le SNPPsy avec ses critères d’agrément : psychothérapie personnelle, formation à une méthode, engagement déontologique, supervision), mais il n’y a pas “des milliers” de psychothérapies : le nombre des théories qui correspond à une pratique sérieuse est relativement réduit. La psychanalyse est la plus ancienne, et il y a bien longtemps qu’elle n’est plus la seule à pouvoir arguer de fondements scientifiques et se prévaloir d’offrir au public des garanties de sérieux.
À combattre les psychothérapeutes en bloc, sans vous informer, en mêlant le bon grain et l’ivraie, vous risquez de vous voir retourner l’accusation de comprendre l’intérêt marchand du créneau” : on dira que votre souci de la qualité des soins n’est assorti d’aucun moyen de la garantir et l’on pourrait donc vous accuser d’avoir peur de la concurrence et d’être prêt à toutes les calomnies pour vous voir réserver un marché.
Je trouve normal qu’en tant que médecin et en tant que psy vous vous préoccupiez de la qualité des soins psy, mais, puisque vous avez une formation scientifique, faites preuve d’un minimum de rigueur épistémologique !
Patrice Ranjard