Actua-Psy, le journal des psychothérapeutes - N° 119

Comment choisir son psychothérapeute ? Attention risque de pratiques déviantes !
par Martine Maurer – Lecture critique de Patrice Ranjard

Comment choisir son psychothérapeute ? Le titre est excellent. Il a probablement fait vendre. On peut le craindre, car le livre ne tient pas la promesse du titre. Le vrai titre serait : “Il faut interdire à certains pervers dangereux de se dire psychothérapeutes”. Au reste, l’auteure le dit dans sa conclusion (p.287) : “Il n’est pas acceptable que des professions estimables servent de laisser-passer à des leaders pathologiques qui embrigadent les patients dans des dérives perverses ou sectaires”.
Le plus gros du livre évoque les choses effarantes dont sont capables des pervers une fois qu’ils ont attiré des clients en se disant psychothérapeutes. Mais tout est faussé dès le départ par un clivage préalable qui oppose ces “pseudo-professionnels” aux vrais professionnels. Or les moyens donnés au lecteur de distinguer les uns des autres sont trompeurs. Du côté des vrais professionnels l’auteure place les psychiatres et les psychologues cliniciens, plus une catégorie qu’elle nomme les psychothérapeutes NMNP, ni médecins ni psychologues. Dont elle fait provisoirement partie, puisque, d’après la quatrième de couverture, elle est “inscrite en DESS”.

Je ne peux que me réjouir de voir prise en compte une catégorie dont je fais également partie. L’ennui c’est que, selon cette classification, les pervers font forcément partie de cette même catégorie, puisqu’ils sont de pseudo professionnels et que les diplômés sont de vrais professionnels. Ce n’était peut-être pas l’intention consciente de l’auteure, qui écrit p.46 que “les déviances répertoriées touchent des individus issus des trois catégories de praticiens”, mais c’est ce qui ressort de son livre : les diplômés sont fiables, ils ne sont jamais fous ni pervers.

Après un bref hommage à quelques bonnes pages, je présenterai le clivage et sa fonction, puis le dogmatisme de l’ouvrage et ses dangers et enfin les solutions préconisées par l’auteure.


Quelques bonnes pages.

Une bonne définition de la psychothérapie (p.22), de pertinentes questions sur la formation dans les écoles (p.45), une observation sur l’étonnante capacité des clients à s’adapter à des comportements pourtant vraiment inadmissibles (p.122) et un excellent chapitre sur les “contraintes, engagements et abus financiers : “Le patient n’a pas à être soumis à des exigences de durée (…). Le patient n’a pas à être soumis à des obligations de financements anticipés (…)” (p.123). Mais l’auteure ne semble pas s’apercevoir que ce chapitre contient de précieux éléments de réponse à la question du titre : des questions à poser avant de s’engager.


Un clivage protégeant les diplômés

La plus grande partie du livre est consacrée à décrire des pratiques inacceptables. Quelques exemples : “la prédation du transfert”, “manipulation mentale”, “abus financiers”, “l’étau de la fidélité”, “rapt du thérapeutique”, “processus délirants”… “Ces personnes déviantes opèrent une cannibalisation du transfert, une dévoration de la pensée d’autrui…” (p.70). “La grandiloquence hystérique ou narcissique du pseudo-thérapeute ou ses éléments psychotiques envahissent le champ de réflexion et de mise en sens du patient” (p.55). Il semble que l’auteure règle des comptes : on sent de la haine. Les exemples sont nombreux, convaincants, mais souvent longs et leur origine est maintenue dans le flou : “certains sites”, “plusieurs lieux”. Ce n’est pas qu’on en doute, et l’on peut comprendre les précautions (risques de procès), mais il y a tout de même quelque chose de gênant à se voir asséner des exemples sans que rien ne soit dit du mode de recueil des informations.
Il existe donc des pervers dangereux qui se disent psychothérapeutes. Mais à quoi les reconnaît-on ? Le livre les décrit, mais ses descriptions ne pourraient être utiles qu’à des patients déjà engagés avec ces pervers. Or, s’ils y sont encore, c’est qu’ils ont préféré “s’adapter” ! Pour ceux qui n’ont pas encore choisi, le livre contient un syllogisme, explicite dès les premières pages, et en filigrane tout au long :
1 les pervers dangereux sont des non-professionnels ou des pseudoprofessionnels.
2 les diplômés sont des professionnels, ils ne sont pas des pseudoprofessionnels.
3 donc les diplômés ne sont pas des pervers dangereux.

L’auteure définit dans une note les non-professionnels : “personnes se disant psychothérapeutes et n’ayant aucune formation, supervision et thérapie personnelle associées” (sic) (n.17 p.35). Selon cette définition, les diplômés, qui sont de vrais professionnels ont formation, supervision et thérapie personnelle. Or d’après l’auteure elle-même, ce n’est pas exact : “Certains psychologues cliniciens exercent uniquement à partir de leur savoir théorique (…). Certains recourent à de la supervision régulière (…). Actuellement, pour les psychologues cliniciens, il n’y a pas d’obligation de psychothérapie personnelle (…)” (p.32). Il faudra attendre la fin du livre pour découvrir que l’auteure n’approuve pas cela, et préconise thérapie personnelle et supervision pour les professionnels.
Elle affirme sans ciller que : “Les psychiatres, psychologues cliniciens et psychothérapeutes ayant une formation clinique universitaire et/ou connexe exercent leur profession de façon intègre”. Sic ! C’est en toutes lettres page 41. Je viens de regarder les dix derniers dossiers de déontologie du SNPPsy (viol, abus sexuels, cruauté mentale) : trois concernent des psychothérapeutes médecins et deux des psychologues cliniciens. Elle cite un propos inadmissible d’un pseudo-thérapeute : “Vous n’avancez pas dans votre thérapie parce que vous ne faites pas ce qu’il faut. Vous n’avez vraiment pas décidé de guérir” (p.60). Mais je me souviens d’avoir reçu dans mon cabinet un client qui s’était entendu dire précisément cela, et durement, par un psychologue clinicien diplôme…

Le clivage n’est pas qu’entre pervers et diplômés, il est entre les pratiques : il y a les pratiques perverses, terriblement dangereuses, et les pratiques “normales”, bonnes, des vrais professionnels. La réalité est évidemment bien plus “continue”. La plupart des professionnels (diplômés ou non) ne sont ni mauvais ni bons ; même s’ils sont “bons”, il arrive qu’ils se trompent, ne contrôlent pas leurs réactions (leur contre-transfert), n’en parlent pas en supervision parce qu’ils ne s’en rendent pas compte, etc. et ils ne sont pas pour autant d’abominables leaders pathologiques. Le danger du livre est là : faire croire que les praticiens sont soit bons, soit mauvais. Le plus grand danger étant de faire croire qu’il suffit d’un diplôme pour garantir qu’on fait partie des bons.

Car ainsi un lecteur, qui serait déjà engagé avec un diplômé, se voit interdire de brancher son esprit critique : “Dans le cadre thérapeutique vrai et sain, le refus ou la difficulté à accepter l’énoncé fourni par le praticien de la psychothérapie normalement compétent, est en soi une résistance” (p.156). Serait-il impossible qu’un praticien normalement compétent se trompe ? Et que le patient le sente ?

Nous sommes là devant une très ancienne contradiction de la psychanalyse :
UN : un patient qui critique son psychanalyste ou la psychanalyse est dans le transfert et dans la résistance…
DEUX : on reconnaît qu’il est difficile de former des psychanalystes et qu’il en est de “mauvais” ; on reconnaît que les psychanalystes peuvent se tromper…
TROIS : la contradiction entre ces deux affirmations ne doit pas être étudiée.

Freud a rendu possible cette contradiction en rejetant sa “neurotica” (1896) pour la remplacer par la théorie des pulsions. Lui-même n’a jamais perdu tout contact avec le trauma ni avec son attitude de départ (“que t’a-t-on fait mon pauvre enfant ?”), mais beaucoup de ses disciples ont refoulé toute critique des parents et monté une garde vigilante contre tout retour du refoulé.

Dans son étude de Blanche-Neige, Bettelheim reconnaît que les parents narcissiques détruisent leurs enfants, mais ça ne l’empêche pas d’analyser que ce n’est pas la reine qui est jalouse de Blanche-Neige, mais la jeune fille qui projette sa jalousie œdipienne sur la mère. De la même façon, chez les narcissiques de Kemberg (*1), “on trouve lorsqu’ils ont deux ou trois ans, une absence de chaleur normale et d’intérêt pour autrui, et une attitude destructrice et brutale, anormale, très facilement activée”. Mais lorsque plus tard, sur le divan, le narcissique accusera sa mère “d’absence de chaleur et d’intérêt etc.”, le psychanalyste entendra “la haine pour la mère déformée”.

C’est la contradiction inhérente à la théorie des pulsions :
- Il existe des parents qui traitent mal, aiment mal leurs enfants.
- Mais lorsqu’un analysant se plaint de ses parents, il est dans le fantasme et la projection de ses propres agressivités : ce serait une erreur de le croire et une faute de le plaindre.

Ceci nous mène à la fameuse neutralité bienveillante et au dogmatisme de Mme Maurer.
“(Le pseudo-professionnel) est un sujet séducteur qui manie l’empathie (…) avec brio, donnant au client la satisfaction artificielle et incontournable d’être compris, écouté, soutenu…” (p.52). “(…) le véritable intérêt que porte un professionnel compétent en respectant la neutralité bienveillante” (p.53). “Dans l’abus d’autorité, le professionnel déviant contourne les règles qui se rattachent à la neutralité bienveillante. Celle-ci a été instaurée par Freud et n’est contestée par aucune école de psychothérapie”. (p.88. v. aussi p.137).

Personne, en effet, ne conteste que le psychothérapeute doive être neutre ni qu’il doive être bienveillant. Mais on peut contester la “neu-tra-li-té-bien-veil-lante”, expression toute faite et incantatoire où chacun des deux mots perd son sens. Sous couvert de neutralité bienveillante, on voit des psychanalystes chaleureux, et d’autres qui sont glacés. La différence peut être considérable. Et ses effets définitifs. Mais, pour l’auteure, ne pas dissimuler son émotion devant certaines souffrances subies par le patient, c’est sortir de la neutralité bienveillante. Les représentations qu’elle se fait de la compassion et de la sollicitude rendent ces deux attitudes incompatibles avec la “neutralitébienveillante” et donc avec l’exercice de la psychothérapie : “Nous avons déjà abordé l’impact de la sollicitude, de la compassion, de la séduction dans le majoration du transfert” (p.136). “La compassion, la pitié sont avant tout des éléments toxiques et contre-transférentiels non traités (…)” (p.138).
On peut soutenir l’inverse : que c’est justement la neutralité qui majore le transfert, surtout lorsqu’elle est froide. Mais pour étudier cette question, il faudrait pouvoir discuter entre praticiens de la neutralité froide et praticiens de la neutralité chaleureuse. Et on ne peut pas discuter avec des personnes dogmatiques.

Mme Maurer revendique que soit établie “la limite entre ce qui est un référentiel psychothérapique et ce qui ne l’est plus” (p.93), mais sa représentation du psychothérapique est étroite et “sans cette base indispensable (…) il est fort probable que l’option proposée soit autre chose qu’une psychothérapie”. Elle verrait volontiers exclure du psychothérapique toute pratique du toucher, tout travail en piscine, toute recherche d’enrichissement par les cultures non-occidentales, jusqu'à toute prise en compte de la “dimension spirituelle” (v. gr.94 sq., 171 sq.).
Voici un bon exemple de position dogmatique : “Faut-il continuer à inclure la transe (mise en transe des patients qui sont invités à danser sur des musiques très rythmées), la recherche de revécu des vies antérieures dans les pratiques dites psychothérapiques, ou ne sommes-nous pas sérieusement dans un autre domaine ?” (p.96). Mme Maurer ne connaît pas ce dont elle parle et suggère donc d’exclure ce qu’elle ne connaît pas et dont elle n’imagine pas les fondements. La danse sur musique rythmée produit des effets corporels, des modifications dans la chimie du cerveau et donc dans la disponibilité du psychisme. Aucune raison de l’exclure du travail psychothérapique. Quant aux vies antérieures et au transgénérationnel, après avoir lu Grof, Ancelin-Schutzberger et Gaulejac, je ne vois pas comment on pourrait expédier tout cela d’une pichenette dans les ténèbres extérieures : on peut être surpris, on peut s’étonner de ne trouver aucune explication dans notre paradigme scientifique en cours, on peut décider d’écarter tout cela, mais on ne peut pas rejeter avec mépris. On ne peut pas affirmer que ça ne fait pas partie de la psychothérapie.

Il y a plus dangereux parce que plus concret :
- Le rythme des séances :
(p.97 et note) “On ne peut parler de démarche psychothérapique que si le praticien propose au patient un rendez-vous individuel par semaine* d’une demi-heure à trois quarts d’heure minimum (…).
*Les consultations qui s’organisent sur un rythme de quinze jours (…) ne sont pas des procédures de psychothérapie (…)”.
Les psychanalystes discutent encore si, à moins de quatre séances par semaine il s’agit bien de psychanalyse ! Mais pour des raisons purement économiques, ils en sont venus, comme tout le monde, à travailler sur une séance hebdomadaire. En appelant cela “psychothérapie”. Actuellement ce rythme semble le plus répandu. Mais quantité d’exceptions sont possibles en fonction de nombreux facteurs, en particulier le passé thérapeutique du client. Quoi qu'il en soit, il en ressort que, pour l'auteure, on est un vrai professionnel que si on fait comme elle dit.
- La tenue vestimentaire
Conseils au candidat à une psychothérapie, se poser la question suivante : “Iriez-vous travailler dans la même tenue que celle qu’il porte lorsqu’il vous reçoit ?” (p.292). Ironisons : à quand l’obligation du costume trois pièces avec cravate ou du tailleur Chanel ? Certes, on voit bien ce qu’elle veut dire : il y en a qui exagèrent… Mais ce n’est pas ce qu’elle écrit !
- Patient ou client ?
Pour Mme Maurer, en psychothérapie, les gens sont des patients, pas des clients. “Dans la procédure déviante, le patient devient aux yeux du pseudoprofessionnel un simple client, un “objet” de gain financier” (p.53). Ironisons encore : il n’arrive jamais qu’aux yeux d’un psychiatre ou d’un psychologue clinicien, le patient soit surtout un “objet de gain financier” ! Mme Maurer peut bien avoir les représentations qu’elle veut des concepts de patient et de client, mais elle ne peut pas prétendre que sa représentation soit la seule juste ! Nous sommes nombreux à parler de clients plutôt que de patients, et, en ce qui me concerne, je sais pourquoi : parce que je ne me ressens pas comme un soigneur de malades, mais comme un sujet avec un autre sujet. La dissymétrie de la relation n’implique pas d’inégalité. Dans ma représentation du concept de patient, il y a non seulement dissymétrie, mais inégalité. Le client, lui, a peut-être sur cette question (égalité ou inégalité) des représentations différentes, mais cela sera un jour ou l’autre travaillé dans la relation.

Les solutions proposées : un désastre !
Dans une troisième partie, Des règles pour une profession, l’auteure propose de “renforcer les critères de la profession” (chapitre IX). Trois moyens pour cela : cinq critères, treize interdits et… cerise sur le gâteau : des tests de personnalité !

Cinq critères :
Comme ils ne sont que cinq, je les citerai en les commentant un par un : (p.215 sqq.) Proposition de cinq critères cliniques fondamentaux pour être psychothérapeute (…). Ces critères sont les suivants :
-“être porteur d’un refoulement réussi de sa propre sexualité infantile. Le psychothérapeute gagne donc à avoir effectué un travail thérapeutique suffisamment structurant pour lui-même et à avoir exploré, identifié et régulé ses zones pathologiques”.
Acceptons la seconde phrase, sauf le “gagne à”, très insuffisant ; ce n’est pas qu’il y gagne : il s’agit d’une condition sine qua non de l’exercice de la profession. La première phrase, “un refoulement réussi de la sexualité infantile”, est inacceptable. Elle ne signifie rien hors de la théorie freudienne, qui, répétons-le, ne constitue pas en totalité un savoir sur l’homme ; mais un ensemble de propositions historiquement datées et dont nul ne peut aujourd’hui dire ce qui restera comme “savoir”. Si Freud avait vécu à une autre époque que la sienne, la théorie du développement qu’il a construite ne serait pas la même. Il ne s’agit pas de nier la sexualité infantile facilement observable, mais de rappeler que la sexualité des enfants dépend de la culture ambiante à l’égard de la sexualité : la première fois que le futur Louis XIII fait dans ses draps “une carte de France”, on publie cet heureux événement ; au temps de Freud, on vit boutonné jusqu’au cou et les hommes suivent les femmes dans la rue dans l’espoir d’apercevoir une cheville ; aujourd’hui une femme “normale” peut “draguer” et passer une nuit avec un homme qu’elle oubliera le lendemain. Il est évident que le statut de la sexualité dans l’éducation des enfants n’est pas le même dans l’un et l’autre cas. Evident aussi que les soins aux bébés puis l’apprentissage de la propreté varient beaucoup selon les lieux et les temps. Ce qui chez Freud est dit “oral”, “anal”, “phallique”, etc. varie selon les sociétés. Donc ce “critère”, “être porteur d’un refoulement réussi de sa propre sexualité infantile” est sans aucune valeur. À tout prendre, il vaudrait mieux dire : “n’être ni névrosé, ni pervers” : on ne serait guère plus avancé, mais au moins on ne serait pas enfermé dans une théorie à bien des égards périmée. Une autre critique qu’on peut faire à ce critère est qu’il est invérifiable.
-“être dans la capacité de reconnaître le patient comme sujet pensant et individué et éprouver pour ses patients une réelle empathie liée à une estime, un respect fondamental de tout être humain en tant que personne adulte, responsable (…)”.
On ne peut qu’être d’accord, Malheureusement, c’est difficile à vérifier. Or, le propre d’un critère est de pouvoir être vérifié.
- “être en accord avec le discours culturel et un discours professionnel partagé par un ensemble socialement accepté et reconnu”.
C’est là rien moins qu’une proposition de clivage intérieur/extérieur. Une exigence de conformisme. Aucune créativité, aucune invention, aucune “variance” n’est possible avec un tel critère.
-“pouvoir confronter son discours au discours d’un tiers qui lui permettra d’extraire son langage de toute assertion dans l’arbitraire et introduira une triangulation au sein de l’apparente dualité relationnelle avec le patient”.
Voilà une façon bien sophistiquée de dire que le psychothérapeute doit être constamment en supervision, quelle que soit son expérience. Pour être membre titulaire du SNPPsy, il faut prouver qu’on est régulièrement en supervision. Cela, au moins, est vérifiable.
-“avoir la capacité de respecter les interdits et la capacité de respecter les règles déontologiques, professionnelles, sociales”.
Mme Maurer ne doit pas savoir ce que c’est qu’un critère. Comment vérifier que quelqu’un “a la capacité de… “. On peut seulement établir une liste d’actes dont on dira que si un psychothérapeute en commet un, il n’est plus digne d’exercer la psychothérapie. Quels que soient ses diplômes !

Après les cinq critères, 13 interdits très interdits. Pages 217 à 222.
Faute de pouvoir les recopier et commenter, je les résume en les interprétant de manière à en faire ressortir le caractère irréaliste ou dogmatique :
1- Défense d’utiliser le patient à une fin narcissique fusionnelle, érotique ou sexuelle.
2- Défense de mettre le patient en “dépendance délirante” (est “délirant” ce que l’auteure juge délirant).
3- Défense de se mettre au centre.
4- Défense d’utiliser le patient à une fin narcissique, en particulier, défense d’inverser les rôles.
5- Défense “de stimuler le patient à se croire dans une dette symbolique avec le psychothérapeute”.
6- Défense d’exercer une emprise. (En particulier, “respect de la liberté complète du patient de venir (…) et de partir quand bon lui semble).
7- “L’interdit de la captation du désir inconscient du patient pour le passer à l’acte. Il s’agit ici de l’interdit de la prédation” (sic).
8- Défense d’attaquer l’identité du patient en lui infligeant des diagnostics et des évaluations.
9- Défense de laisser des clients perdre contact avec les interdits fondamentaux (inceste, homicide, suicide…).
10- “L’interdit de relier la présence d’une chose, quelle qu’elle soit, à un ordre causal antagoniste avec la logique selon laquelle se développe le discours de l’ensemble de la société”. Ce que je reformulerai ainsi : défense de s’écarter de l’idéologie dominante ; défense de chercher, d’inventer, d’être créatif (peut-on être psychothérapeute en veillant à ne pas être créatif ?). Si Freud avait respecté cet interdit, il n’y aurait pas de psychanalyse !
11- Défense de soumettre le client à un “double bind” et de tenir des discours hermétiques ou déstabilisants.
12- Défense d’asservir à une sous-culture.
13- Défense de se substituer aux véritables parents du client, ou de lui proposer des relations hors du cadre de la relation thérapeutique. Cet interdit, que j’approuve, va jusqu'à exclure “relation de travail, adhésion commune à une association, participation aux mêmes formations, congrès, etc.” Il est peut-être excessif de généraliser et de détailler ainsi, mais cela devrait permettre de reposer le problème de ces psychothérapeutes qui prennent leurs propres clients en formation.
Enfin, la cerise sur le gâteau :
Tests de personnalité pour un droit de pratique. Pages 222-223.
Nous sommes en plein totalitarisme ! Mais, en vérité, pourquoi limiter cette exigence à la pratique de la psychothérapie ? On l’a envisagée jadis pour les enseignants, elle serait bienvenue pour les prêtres, les policiers, les politiciens, les chefs de bureau...

Conclusion

Je ne sais trop, après avoir ainsi étudié cet ouvrage, si l’auteure est naïve, et inexpérimentée, ou aussi un peu stratège... Certes, sa hargne contre les pseudo est sincère et justifiée, mais elle doit bien être consciente aussi qu’elle les ménage plus que de raison, ces diplômés dont elle compte faire partie sous peu... Mais surtout, avec quelle naïve sincérité elle croit que la psychothérapie c’est ce qu’on lui a dit que c’était et pas autre chose !

(*1) Otto Kernberg, La personnalité narcissique, Dunod, Paris 1997. Pages 77 et 59.