Pour une meilleure communication de l’image du psychothérapeute
par Ernst Waffner, consultant.Contrairement à la définition communément admise qui veut qu’un psychanalyste soit un médecin qui ne supporte pas la vue du sang, la corporation réclamait pourtant depuis longtemps son en-saigne, afin de signaler aux chalands son activité, car, sans toutefois qu’elle n’apparaisse toujours bien lisiblement dans les registres du commerce, elle procède néanmoins d’un genre de négoce, dans lequel la nature complexe de l’échange est nonobstant difficile à cerner pour le profane. Il était donc d’autant plus urgent que ceux qui pratiquent cet art noble du silence, interrompu seulement de rares et précieux calembours (bourre-lacan), puissent avertir le passant de l’existence de leur échoppe, même si celle-ci doit rester modeste pour d’évidentes raisons de confidentialité, tant pour protéger les secrets des patients que pour éloigner les agents du fisc.
Après consultation de nombreux tenants de ce beau métier de l’écoute, il a semblé que l’image d’une oreille s’imposait à la conscience publique tout autant qu’à l’inconscient collectif. Rappelons d’ailleurs, à ce propos, que le patron des psychanalystes est Saint Eustache, pour les absoudre quand ils se trompent. D’autre part, même si on ne la discerne pas au premier coup d’œil, à cause de sa petite taille et de sa mobilité, on doit associer la puce à l’oreille, en hommage à leur prodigieuse sagacité, mais aussi pour évoquer les obscurs habitants des dessous des divans de leurs cabinets.
Le deuxième élément iconographique qui paraissait rencontrer l’assentiment général était le serpent, pour ses rapports manifestes et latents avec la sexualité, ainsi que pour ses nombreuses occurrences dans les récits bibliques et mythologiques. Cet animal évoque également les nombreuses couleuvres qui sont avalées par l’analyste et par l’analysé dans le déroulement du transfert et du contre-transfert. Par ailleurs, même si certains parmi les praticiens n’ont pas suivi des études longues dans les sciences médicales, il est apparu que la proximité de cette image avec le caducée des docteurs et pharmaciens – ces derniers étant depuis longtemps déjà bien implantés dans le secteur de l’épicerie – pouvait bénéficier à la confrérie. Quant au sifflement du reptile, il profère déjà phonétiquement la lettre grecque qui sert de sigle à l’ensemble de la profession, et que l’élasticité de son anatomie permet également de rendre visible, en lui faisant tout simplement entourer un objet vertical, raide et droit, comme un bâton par exemple.
Pour terminer, le seul dispositif du portant, par son analogie avec la statique structurelle du gibet, instille un message subliminal dans l’esprit du promeneur insouciant : on laisse ainsi percer l’idée subreptice que, s’il ne fait rien, s’il ne consulte pas… ça peut se terminer très mal, alors même que, dans un réflexe bien connu de scotomisation, c’est-à-dire d’occultation des causes de l’anxiété, qui inévitablement échappe à sa lucidité, il a le sentiment que tout va bien. Ce registre de communication visuelle, discret mais très mobilisateur, est fréquemment utilisé en publicité, pour la sécurité routière notamment. Nous espérons que ces quelques explications achèveront de convaincre de l’efficacité de cette proposition les thérapeutes qui y seraient encore réticents.