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En écho aux évènements belges

Publié le 23 juin 2016

La preuve scientiste à l’épreuve de l’âme
par Philippe Grauer président du SNPPsy

La condition humaine ne se prouve pas
La médecine baisée par l’évidence, selon un jeu de mots évocateur, manifeste l’évidence même du scientisme en vogue dans notre mondialisation en cours, ce monde fonçant droit dans le mur d’une autre évidence, celle de la Grande extinction, tellement plus réellement dangereuse que le Grand remplacement dont on nous matraque de la musique fascisante, un monde dit "scientifique" où Monsanto et le glyphosate, gérés à la néolibérale, valent mieux que la planète, ses abeilles, ses paysans et ses humains (accouchant de plus en plus d’autistes). L’ennui, avec les fausses preuves du scientisme, c’est que la condition humaine ne se prouve pas.

Prophétie d’un syndicaliste italien
Voici donc que nos amis belges après nous passent à la moulinette politico médicaliste. Cette mésaventure me remémore la prophétie d’un membre du syndicat italien des psychothérapeutes nous interpelant à un colloque de la FFdP, à l’automne 1995 si ma mémoire est bonne. Il nous avertissait. Vous mettez le doigt dans l’engrenage politique, vous commencez par vous réjouir, on vous écoute, ça va marcher pour vous, puis les politiciens interviennent massivement, s’emparent de votre projet, vous en dépossèdent, le renversent en son contraire et vous vous retrouvez en slip dans le caniveau sans avoir eu le temps de comprendre ce qui vous arrivait. Ne jouez jamais à ça avec le monde des politiciens nous prévenait-il. C’était du temps de la présidence de Michel Meignant je m’en souviens bien, et je me disais, les italiens oui, mais pas nous.

Eh bien voilà, en 2012 nos amis belges fleur au fusil allaient gagner, créer en Europe un bon contre-modèle, ça marchait pour eux, le gouvernement socialiste allait accompagner leurs vœux. Certes il y avait des problèmes, les psychanalystes refusant de se réduire à la psychologie, mais on espérait raisonnablement parvenir à un juste statut.

Toujours le même scénario
Résultat de la course ? la majorité a changé, la médecine scientistique retourna la situation et voici nos psychothérapeutes belges confisqués tout comme nous. On vous le disait qu’il s’agissait d’un mouvement mondial. Voyez le DSM. Le rouleau compresseur décidément passe à tous les coups (les fleurs derrière se requinquent et redressent, l’herbe repointe entre les pavés). Aujourd’hui Jean-Pierre Lebrun rédige une superbe protestation finale. Nous le soutenons. Il exprime notre condition professionnelle et scientifique, notre idéologie, notre espérance. Nous gagnerons pour finir, nous ne pouvons que gagner. Mais pas d’illusion. Quelle que soit l’issue de ce round-ci ces jours-ci en Belgique, nous devrons en France nous organiser pour tenir dans la durée.

Nous avions analysé la situation belge en 2013, complexe et grosse de dangers, la psychanalyse refusant d’être psychologisée, de fait engloutie par la psychologie, mais ne pressentions pas encore que comme dans Le chat la belette et le petit lapin, les deux protagonistes se verraient avaler pas la Médecine. Eh bien c’est en train de se faire. Et ce ne sera probablement pas le placet profondément juste de notre confrère Jean-Pierre Lebrun qui y changera quelque chose. La médecine fondée sur la preuve apporte cette fois encore la preuve de la nocivité du scientisme dont on la voit hantée, et de sa puissance de feu politique et idéologique actuelle.

Vision du monde et idéologie
C’est que le scientisme c’est comme le dit excellemment Wikipédia une vision du monde. Le rejet de cette Weltanschauung que Freud avait pour sa part rejetée, se méfiant de la philosophie, de sa doctrine, handicapa politiquement de façon considérable le mouvement psychanalytique, depuis sa politique face au nazisme puis aux dictatures d’Amérique du sud.

Scientistifique
Or le scientisme lui comporte non seulement une vision du monde et une idéologie, mais relève de la croyance (sur le concept de croyance lire l’excellent ouvrage d’Henri Atlan (1), dans notre métier être au clair avec cette dimension est capital). La croyance qu’on pourrait organiser scientifiquement l’humanité (2). Ce bel optimisme aveugle déboucha sur des politiques de façonnage de l’Homme nouveau à faire frémir, dont le XXème siècle a payé la facture d’environ 50 millions de morts sans compter le zest du "détail" génocidaire (entamé avec l’Arménie). Appliquée par Watson et compagnie à la psychologie, devenue par la suite psychologie "scientifique", scientistifique devrait-on dire, puis de nos jours neuroscientifique, DSMiste bien entendu, la même croyance débouche sur une guerre féroce que le corporatisme médico scientiste conduit contre nos sciences humaines et sociales cliniques.

Figure de l’humanisme
Ivan Illich, Guy Debord, Jacques Ellul, entre autres ont averti contre les débordements inquiétants pour l’avenir de l’humanité du scientisme, ce que de nos jours l’écologisme relaie, mettant en avant le principe de l’homme mesure de toute chose vs. l’homme mesuré en toutes choses, remettant au centre de la figure celle de l’humanisme. Comme le rappelle plaisamment l’article de Wikipédia, Gaston de Pawlowski caractérisa exactement l’essence du scientisme, méthode imparable débouchant sur le néant :" Démontons et classons minutieusement tous les rouages de notre montre. Il serait bien étonnant qu’au terme de ce processus nous ne sachions pas enfin l’heure qu’il est."

Psychothérapie où c’est la relation qui soigne
Face à la farce de cette croyance sans âme (où est passée l’heure qu’il est ?) nous demeurons les tenants et mainteneurs de l’âme humaine. Chez nous c’est sans états d’âme que le Dr. Kouchner livra à l’orée du siècle la psychothérapie aux psychiatres, relayé à la majorité suivante avec l’appui de la socialiste et anesthésiste (ça ne s’invente pas) Catherine Génisson par le Dr. Accoyer. La dure bataille des charlatans, 1999-2010, aboutit à notre mise à la marge sous le titre d’exercice professionnel alternatif de psychopraticien relationnel®, mais aussi à notre maintien et indépendance. À partir du territoire désormais nôtre, de profession non réglementée d’exercice libéral (mais autoréglementée), nous pouvons librement dans notre secteur nous intéresser à l’âme et à la psychothérapie où c’est la relation qui soigne. Un trésor dont nous ne revendiquons pas le monopole mais dont nous exerçons de fait celui de la transmission et du contrôle de l’exercice. Et du rayonnement !

Mieux vaut un petit chez soi qu’un grand chez les autres
De ce qui se passe en Belgique nous retiendrons trois leçons. D’abord qu’il convient de mesurer le danger et de cesser de nourrir des illusions concernant l’agressivité corporatiste de la Médecine scientiste et sa volonté et capacité de tenter de se substituer à la psychothérapie relationnelle, discipline de la dynamique de subjectivation aux côtés de la psychanalyse (3) (tout aussi menacée qu’elle l’admette ou non). Ensuite que l’Adresse des Trois sur Quatre du GLPR à la FF2P, prophétisant qu’aller quémander auprès des pouvoirs publics français un strapontin de pseudo psychothérapeute aux côtés des seuls des vrais, intronisés par la loi de 2004-2010, serait illusoire et éminemment dangereux, tant mieux vaut un petit chez soi qu’un grand chez les autres – et quels autres ! Enfin que le beau texte de Jean-Pierre Lebrun mérite non seulement d’être médité, et multi édité, mais de nous en inspirer d’autres, et nous remémore que notre responsabilité de praticiens de la libération par la parole c’est de la prendre, la parole, et de l’exercer pour la soutenir contre les tenants de son obturation hégémonique par la molécule.

Un parler vrai relationnel
Le public a besoin de nous entendre, dire ces choses justes d’une juste cause, d’entendre ce parler vrai qu’on retrouve dans l’œuvre de Yalom, un parler qui fasse école et qui convainque, un parler qui s’oppose à la langue de bois du dogmatisme scientiste, qui rappelons le ne fait aucun bien à la science, pétrie elle d’esprit critique et d’une sorte d’humilité, de modestie relationnelle, dont j’espère que nous saurons nous montrer dans notre domaine les exemples et les témoins. La France actuelle, apparemment rétrécie dans la désespérance et le désir de fascisme qu’y discerne Élisabeth Roudinesco, a ses Nuits debout et besoin d’une psychothérapie relationnelle bien plantée dans ses institutions historiques et ses bonnes écoles, qui parle juste et fort, pour infléchir le débat public dans le sens de l’ouverture et de la libération. Prenant appui sur celle de Jean-Pierre Lebrun, à sa parole voici un premier écho qui aille dans ce sens.

- (1) Henri Atlan, Croyances. Comment expliquer le monde, Autrement, Paris, 2014, 375 p. 18 €.-
(2) Ernest Renan, L’Avenir de la science - pensées de 1848, Calmann-Levy, 1890, p. 37 — « Organiser scientifiquement l’humanité, tel est donc le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention. »
(3) Le discours originaire de Freud situait la psychanalyse dans le cadre plus large de la psychothérapie.

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