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la psychothérapie relationnelle à l’aube de l’ère Hollande

Publié le 22 mai 2012

Par Philippe Grauer


Où en sommes-nous ? qui sommes-nous ? que devenons-nous ? qu’avons-nous fait ? que désirons-nous ?

Vastes questions que nous tenterons de décliner le plus clairement possible. À vous de dire ce que vous en pensez, et si nous avons oublié des points importants à vos yeux, signalez-le nous.


Qu’est-il raisonnable d’espérer ?

Au lendemain de la mise en place du nouveau gouvernement, qu’est-il raisonnable pour nous d’espérer ? C’est tout de même la droite qui nous a attaqués, avec virulence, et la première personne qui nous a reçus à l’issue du vote du deuxième amendement Accoyer [1] et nous a promis son soutien fut Jean-Marc Ayrault. Et c’est bien le sénateur socialiste Sueur qui nous a par la suite soutenus sans relâche et a affronté pied à pied les différentes propositions Accoyer [2].

VAE barrée

La loi entrée dans les faits, le titre de psychothérapeute placé sous la houlette de la faculté de médecine, les psychologues pétris de corporatisme ayant blindé tout accès par le biais de la VAE [3], depuis 1986 (loi Évin sur le titre de psychologue, que le ministre avait expressément prévu comme ouvert à nous) et le scandale du refus de l’homologation au titre de psychologue des psychothérapeutes – ironie de l’Histoire, au motif qu’un psychothérapeute par définition ne saurait se réclamer de la psychologie et réciproquement – ayant fait date et jurisprudence [4], qu’irions-nous à présent demander, de l’ordre de la modification, du moindre aménagement de la loi ?

C’est un fait, l’université néo-scientiste actuelle ne veut pas nous permettre, ni permettre aux étudiants de nos écoles agréées, comme nous l’avons proposé durant trois décennies, d’acquérir dans son cadre les fameuses 500 heures de psychopathologie clinique qu’elle entend réserver à ses psychologues et psychiatres. Même si une loi tentait de l’imposer ces deux corporations en torpilleraient l’application. Ce sont les mentalités qui devront changer, et cela prendra du temps, probablement une génération.

que demander alors ?

Rien qui vaille, dans l’état actuel du rapport de forces idéologique et professionnel. Les psychologues, battus à plate-couture par les médecins, ont acquis avec difficulté de voir leurs dossiers déposés auprès des ARS traités enfin à l’égal de ceux des psychiatres (qui actuellement dispensent moins de psychopathologie clinique à leurs étudiants en psychiatrie que les psychologues). En position de faiblesse corporatiste, ils assistent impuissants à la mainmise de la médecine sur la nouvelle profession de psychothérapeute. Côté psychanalyse, les psychologues-psychanalystes, fragilisés par la vague du cognitivisme et des neurosciences, aux côtés des psychiatres-psychanalystes, sur la défensive, se taisent en tant que discipline (et corps de métier). Sous le coup de la campagne montée contre eux à l’occasion de la bataille de l’autisme qui fait suite à celle des charlatans, ils représentent une faiblesse plutôt qu’une force. Et ça n’est pas fini. Le scandale des séances à cinq minutes éclatera un jour ou l’autre. Sans compter qu’actuellement, en tant que nébuleuse institutionnelle la psychanalyse maintient en ce qui nous concerne à son mépris d’il y a un demi siècle, qui pour être ancien n’en est pas moins éthiquement, scientifiquement et politiquement contestable. Les psychanalystes – devenus à leur demande psychothérapeutes ! – en restent à une définition identitaire aristocratique par quoi la distinction pour un psychanalyste c’est de ne rien avoir à voir avec …la psychothérapie – dont au demeurant ils se réclament de l’exercice –, et très particulièrement la psychothérapie relationnelle.

Dans ces conditions à présent quelles revendications avancer ? qu’on nous respecte, qu’on aide quand nécessaire nos étudiants, qu’on nous laisse honorer notre discipline et pratiquer notre métier. Cela veut dire au moins trois choses.

1 – SECTES & DÉRIVES SECTAIRES

Orienter vers nous une lutte anti sectes constitue une manipulation. Dès la mise en place d’un dispositif gouvernemental contre les dérives sectaires notre syndicat s’est approché du gouvernement pour proposer son aide. Nous avons toujours été persuadés de la nécessité de lutter contre certaines sectes utilisant des contrefaçons psychologiques pour duper le public. Sous le gouvernement Jospin notre syndicat avait proposé son aide à la lutte antisectes, et organisé un colloque sur la question des dérives sectaires.

Qu’on cesse d’agiter le chiffon rouge de la lutte antisectes qui ne nous concerne pas, en dénonçant par exemple la gestalt-thérapie ou la sophrologie – ce qui soit dit en passant discrédite le message lui-même, ce qui n’est pas souhaitable. Que fin soit mise à la diffusion de listes noires officieuses aussi bêtes que nuisibles qu’une personnalité controversée comme Georges Fenech [5] diffuse à l’enseigne de la Milivudes, la détournant de sa mission. Cette mission interministérielle auprès du Premier ministre ne doit plus se voir dévoyée pour prendre l’allure d’officine d’extrême droite qu’elle présente à l’heure actuelle. Nous proposons de réfléchir en concertation avec les autorités aux moyens d’assainir cette institution et de la rendre à sa véritable destination.

2 – LEUR "AUTOPROCLAMATION" NOTRE AUTORÉGLEMENTATION

Depuis que nous existons (1981), nous avons milité pour mettre en bon ordre notre profession et discipline. Nous avons créé un code déontologie qui inspira jusqu’aux psychologues. Nous avons créé un dispositif de reconnaissance par les pairs fondé sur nos cinq critères [6]. Qu’on cesse de faire semblant de nous confondre avec ceux dont nous nous sommes toujours distingués, que cesse la gesticulation populiste consistant à prétendre nous confondre pour brouiller notre respectabilité et image. Chacun sait que nous n’avons rien à voir avec ceux dont nous nous sommes disjoints en mettant en place un processus à double détente, diplôme par une école reconnue par nos soins, titularisation par les pairs sanctionnant la maturité professionnelle.

Nous exigeons des praticiens inclus dans la garantie solidaire de notre processus de titularisation responsable et historique qu’ils se comportent en véritables professionnels de la psychothérapie relationnelle clairement identifiables et contrôlables comme tels, et répondons d’eux en retour. Nous nous battons sur cette ligne depuis 1981. C’est le sens de nos cinq critères. La bataille des charlatans (1999-2010) tenta de nous discréditer en utilisant un argumentaire de marketing politique populiste, en confondant volontairement l’autoproclamation de personnes n’ayant rien à voir avec nous et l’autoréglementation par quoi nous définissions les contours et la rigueur de notre discipline. Cet enfumage doit cesser.

3 – NOS FORMATIONS PAR RECONVERSION

Nous pensons utile et souhaitable d’attribuer une aide financière aux étudiants en reconversion pour que ceux qui le nécessitent puisent fréquenter nos écoles agréées Affop. Ces dernières forment en 2000 heures [7], soit cinq années universitaires, des psychopraticiens relationnels. Toute l’Europe connaît ce mouvement par lequel des adultes ayant exercé soit dans le domaine du social, du soin ou de la relation, et parfois dans un tout autre domaine, déjà en cours de psychanalyse ou de psychothérapie relationnelle, entrent en formation dans nos écoles. Ils y entament leur formation et apprentissage entre 35 et 45 ans selon les pays, un peu plus jeunes en Europe de l’Est. Avec la maturité et crédibilité, et le sérieux de l’expérience d’une vie active révisée par un important travail sur soi, ils constituent un personnel d’un grand intérêt.

Question âge, après tout actuellement en psychanalyse on est tout jeune et non titulaire à 50 ans, de nombreuses sociétés de psychanalyse titularisent aux alentours de l’âge de la retraite – ce qui n’est pas d’ailleurs sans poser le problème de la gérontocratie psychanalytique, qui explique en partie les tendances conservatrices de cette discipline devenue vieille dame. À l’exception notable de la Cause freudienne. Quoiqu’il en soit cette génération du deuxième âge mérite l’aide de l’État car elle sera utile et efficace socialement. Nos écoles coûtent moins cher que le prix d’un étudiant moyen (6000 € contre 9000 € par an pour l’État), l’opération est jouable, et d’intérêt public.

qui sommes-nous ? identité inchangée

Enfin qui sommes-nous et que sommes-nous en train de devenir ? Les mêmes : praticiens de la psychothérapie relationnelle. Notre identité n’a en rien changé. Grâce à une mauvaise loi elle a mieux encore défini ses contours. Nous n’avons changé que de nom. Nous affichons plus que jamais notre qualité de psychopraticiens relationnels. Par relation nous n’entendons pas le vague fait général de s’adresser la parole. Laissons à Bouvard et Pécuchet le soin de déclarer que tout est relation comme pour la théorie d’Einstein tout est relatif. Le médecin en consultation généralement se contente de communiquer et il appelle cela illusoirement "relation". Si relation veut dire implication intersubjective forte, véritable ressort de transformation et d’avènement pour la personne, il est clair que le médecin ne dispose ni du temps ni des moyens d’une telle méthodologie. Sinon il pratiquerait une médecine relationnelle, il se pourrait que cette spécialité apparaisse, il y faudra une formation longue et rigoureuse. C’est que le terme relationnel renvoie à un corps de concepts, à une méthodologie intersubjective dynamique, à une éthique et épistémologie spécifiques, développant un processus de subjectivation au bénéfice de la personne venue rencontrer quelqu’un, un autre en qualité de sujet, qui l’écoute, l’accompagne, soit son témoin et quelque chose d’autre encore, un interlocuteur professionnel spécialisé dans ce genre de rencontre et de travail dialogal à deux (ou plusieurs), un professionnel nous l’avons vu agréé et titularisé.

Donc nous sommes et demeurons nous-mêmes. Que devenons-nous ? la même chose sous un autre nom. Il y aura une bataille des noms. Les nouveaux psychothérapeutes ayant détourné notre désormais ancien nom vont en lancer le marketing. Attention cher public, ne vous adressez désormais qu’à un psychothérapeute dûment diplômé et autorisé, évitez les … "autres".

Nous disons la même chose, sans toutefois chercher à discréditer les praticiens des professions voisines. Nous disons soyez soigneux, adressez-vous plutôt à un psychopraticien garanti par une des quatre institutions historiques responsables regroupées dans cadre du GLPR, qui réponde aux cinq critères et suive notre code de déontologie. Adressez-vous à un psychopraticien relationnel titulaire du SNPPsy, ou un psychopraticien membre du SNPPsy. Que chacun se spécifie. Nous devons faire entendre, connaître et reconnaître notre nouveau nom, notre discipline, notre profession, nos institutions et les garanties qu’elles apportent. Qu’il y ait place pour tout le monde, sans publicité comparative désobligeante, pour toutes les disciplines, écoles, pratiques. Et place aussi au débat scientifique.

qu’avons-nous fait ?

Nous avons combattu pour notre identité, consolidée par autoréglementation historique. Nous aurions désiré rendre possible une articulation de notre discipline à un titre unique de psychothérapeute, par le biais de la VAE. Confrontés au barrage néo scientiste et corporatiste universitaire, et au désir de mainmise de la médecine sur l’ensemble des professions du soin, nous avons seulement distingué que notre soin n’était pas médical et nous sommes repliés en bon ordre dans l’aire protégée des quatre du GLPR. Nous avons travaillé à maintenir la psycho diversité et la dignité de notre discipline et profession. Nous avons créé et popularisé le concept de psychothérapie relationnelle. Nous avons commencé de dégager le concept de carré psy. Nous avons défendu pied à pied, durant onze ans, notre identité, protégé et maintenu notre existence en tant que discipline et profession. Présents et combatifs tout au long de la bataille des charlatans, nous avons préservé l’essentiel. Nous avons tenu notre place politique dans le cadre de la Coordination psy, nous avons coordonné les stratégies et tactiques de nos quatre organisations historiques, et avons su les relier ensuite, préférant la position unitaire à la division, dans le cadre du GLPR.

que désirons-nous ?

Nous désirons transmettre et poursuivre. Honorer notre part du paradigme au sein du carré psy. Soutenir nos bonnes écoles. Nous désirons maintenir notre militance humaniste, prendre notre part du combat idéologique contre la médicalisation de l’existence, le tout protocole et la course à l’évaluationnisme [8], véritable maladie dégénérative en sciences humaines. Nous désirons jouir du respect républicain que mérite notre éthique, contribuer au soin que nos concitoyens peuvent chercher à prendre d’eux-mêmes, soit pour mieux se connaître, soit à l’occasion d’une traversée difficile, en nous montrant utiles à ceux qui nous font confiance pour se prendre en charge, et prendre en charge leur souffrance et leur existence.

Notes

[1La socialiste Catherine Génisson l’avait voté. "Étourderie", accord entre chers collègues médecins conservateurs ? après tout c’est Bernard Kouchner qui a commencé à installer le dispositif consistant à mettre entre les mains d’une agence sous la responsabilité des psychiatres les destinées de la psychothérapie, alors que sa prédécesseure à la Santé, Marie-Lise Lebranchu, nous avait très bien entendus. Bernard Accoyer présenta d’ailleurs son amendement comme reprenant l’idée de Kouchner. Michel Baron, Secrétaire général du PSY’G, fait même remonter le projet d’inféoder la psychothérapie à la médecine à un texte de Michel Rocard.

[2Soyons justes, n’oublions pas le soutien humaniste du sénateur gaulliste UMP Gouteyron, qui avait repris à son compte notre maquette d’abord proposition de loi du vert Jean-Michel Marchand.

[3Validation des acquis de l’expérience. En quelque sorte procédure d’homologation universitaire, moyennant un mémoire parfaitement rédigeable. Les psychologues y font systématiquement obstacle, surtout s’il s’agit des nôtres. Corporatisme et parti pris scientiste obligent.

[4À quelques exceptions près, gains de cause auprès du tribunal administratif de certains de nos collègues, exceptions confirmant la règle bafouant la loi.

[5On lira avec profit quelques unes des fiches à son sujet éditées sur internet. Dont
- http://www.politiquedevie.net/Chasseauxsectes/GeorgesFenechmagistratgangster080607.htm
- http://prdchroniques.blog.lemonde.fr/2008/12/09/angolagate-la-grosse-colere-de-georges-fenech/

Cette personnalité trouble agit à la marge, émettant des listes noires annuellement remises à jour, bénéficiant d’un caractère officiel dont on comprend mal la nature. Sa dernière liste noire en date ridiculise la Milivudes, au dam de la démocratie, de la justice et de la lutte contre les vraies sectes et dérives sectaires réellement dangereuses.

[6Dont quatre furent repris en 1990 par la Déclaration de Strasbourg.

[7Dont les 500 heures de psychopathologie clinique requises par les ARS.

[8Oui on peut évaluer, c’est une autre question, mais pas comme on nous le propose, sous la dictature du Chiffre, pas en appliquant des méthodes néo positivistes à des matières requérant infiniment plus d’esprit de finesse. Oui l’évaluation conserve sa place mais autant la notion du quoi que celle du comment ne sauraient se trouver au carrefour du juridique et d’une médecine se proclamant béatement fondée sur la preuve, comme la plupart des jauges d’efficacité de nos jours. Evacuée la caricature de la scientistique, reste le souci d’articuler la science et l’art de l’évaluation psychothérapique, à adapter à son objet et à faire évoluer.

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