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La relation de Transfert en psychothérapie relationnelle

Publié le 11 avril 2016

par Yves Lefèbvre titulaire du SNPPsy,

La psychanalyse a mis l’accent sur la notion de transfert qui devient souvent le principal outil de la cure. Il s’agit classiquement d’une projection d’anciens affects vécus dans la relation aux parents qui s’actualisent sur la personne du psychanalyste.
Ce n’est au départ pas autre chose qu’un système de résistance pour ne pas se confronter aux sentiments de haine meurtrière et de désir d’inceste qui terrifiaient l’enfant et détourner ces émois de ses parents, en revivant ces affects autrefois refoulés mais aujourd’hui déplacés dans la relation thérapeutique.
La psychanalyse favorise le transfert par l’attitude neutre du praticien qui va servir d’écran de projection. En effaçant au maximum sa réalité personnelle, il permet que se projette sur lui des affects inconscients et l’image des parents d’autrefois qui vient se calquer sur l’image de l’analyste. C’est l’analyse de cette relation transférentielle non plus refoulée mais déplacée donc perceptible, qui pourra alors permettre de rencontrer enfin les véritables pulsions d’origine, non pas intellectuellement mais réactualisées et expérimentées dans le vécu relationnel de la séance. A condition qu’un excès de transfert ne produise pas trop d’assujettissement (transfert dit « positif ») ou d’opposition (transfert dit « négatif ») au psychanalyste, qui rendrait dans les deux cas l’analyse inopérante.

Différentes approches du transfert existent. On ne parle pas vraiment de la même chose si l’on entend ce mot selon l’acception de Freud, de Lacan, de Jung, de Grunberger ou d’autres. Il n’en reste pas moins que des affects sont toujours déplacés, transférés d’une relation à une autre. Ces éléments se nouent et se dénouent dans toute relation psychothérapique, éléments auxquels le psychopraticien relationnel reste évidemment très attentif quelles que soient ses références théoriques.
Étymologiquement trans ferre signifie « porter au-delà ». Le transfert permet ainsi de regarder la même chose d’un point de vue différent. Ce qui se vit avec le psychopraticien n’est pas l’exacte reproduction de ce qui se vivait avec les parents et, surtout, la réponse relationnelle du thérapeute n’est pas du tout la même que celle des parents d’autrefois. Quelque chose de la problématique est alors transportée au-delà du passé. Ainsi le vécu ancien peut se renouveler et se transformer. Car le transfert induit un mouvement dans ce qui était figé, et c’est bien le mouvement qui caractérise la vie.

Le psychopraticien doit percevoir quand et comment s’installe la relation de transfert, une relation imaginaire, sans s’y laisser prendre, pas seulement par le rôle de bon ou de mauvais parent mais surtout par le rôle de « sujet supposé sachant » dont parle Lacan, rôle que le patient attribue au psychopraticien. Du fait même que celui-ci refuse ce rôle et le nomme en faisant remarquer à la personne en thérapie qu’elle est la seule à vraiment savoir ce qui se passe en elle, un mouvement se dessine qui permet d’aller d’une relation imaginaire à une relation symbolique. Ce passage s’avère essentiel en psychanalyse comme en psychothérapie relationnelle, quelles que soient par ailleurs les méthodes utilisées.

On distinguera le transfert névrotique classique du transfert psychotique. Celui-ci, selon Searles, passe d’abord par une phase sans contact au cours de laquelle le psychopraticien n’a rien d’autre à faire que maintenir une attitude sereine et patiente sans vouloir à tout prix donner sens au silence de son client, sinon celui-ci pourrait le percevoir comme une menace et renforcerait ses défenses. Puis vient une phase de symbiose ambivalente où le contre-transfert du psychopraticien relationnel est mis à l’épreuve, son patient comme lui-même passant de l’amour à la haine et cette relation prenant une importance excessive et absorbante dans les pensées et sentiments du thérapeute. La difficulté est alors de continuer à maintenir un lien en assumant les projections de bonne et mauvaise mère mais sans ne jamais s’y laisser prendre. S’ensuit une phase plus symbiotique et souvent plus inconsciente où non seulement le psychopraticien devient une bonne ou mauvaise mère pour le patient mais aussi le patient une bonne ou mauvaise mère pour le psychopraticien.
La prise de conscience de cette réciprocité par le psychopraticien en est la seule issue, sans qu’il se laisse fasciner par le trouble fusionnel qui advient dans cette phase, qu’il soit vécu positivement dans l’amour ou négativement dans la haine. Dans la phase de résolution de la symbiose, les nécessités et les ressentis des deux protagonistes se différencient et le psychopraticien commence à déléguer à son patient la responsabilité de se soigner. Cette phase est délicate et peut précipiter la personne en thérapie dans la dépression quand elle a le sentiment qu’elle perd la gratification de la relation symbiotique et l’estime de son thérapeute. Celui-ci engage une sorte de pari sur la vitalité de la personne, son aptitude à évoluer, et se fait clairement l’allié et le soutient de sa partie la plus saine. Dans la dernière phase d’individuation, se crée peu à peu une relation d’objet et un processus de symbolisation dans la relation thérapeutique, avec des moments transférentiels proches du transfert classique.
Ces aspects, qui peuvent être contestés ou pensés différemment selon les auteurs, se rencontrent hors des structures psychotiques à certains moments de n’importe quelle psychothérapie relationnelle.

Toutefois le transfert n’est pas l’outil principal de la psychothérapie relationnelle quand elle n’est pas fondée sur l’analyse. Dans les psychothérapies relationnelles non analytiques, ce transfert n’est qu’un outil secondaire qu’on traite s’il se présente sans chercher à le provoquer. Parfois même, il est minimisé au profit d’autres modalités relationnelles créatives. Celles-ci peuvent s’avérer opératoires indépendamment du transfert au sens psychanalytique freudien du terme.
En effet dans les psychothérapies créatives comme le travail jungien sur les rêves et l’imagination active, le rêve éveillé de Desoile, certaines thérapies psychocorporelles ou l’art-thérapie par exemple, l’insistance sur le transfert pourrait faire obstacle à l’imaginaire.
Il est probable que ces formes de psychothérapie relationnelle permettent de recontacter quelque chose d’une pulsion de vie d’avant la névrose, à la source de l’imagination créatrice et qui rend la personne sujet de sa propre vie, ce qui s’avère guérissant.
Les projections transférentielles portant toujours sur le passé, leur donner trop de place laisserait dans ce cas moins d’espace pour créer du nouveau. Le psychopraticien relationnel évitera donc parfois le transfert d’images parentales, quand c’est possible, laissant davantage d’espace à une sorte de « transfert narcissique » réparateur.
Cela se fait parce que le psychopraticien oriente son écoute vers la part positive et vivante qu’il perçoit chez son patient et dont il se fait l’allié, ou vers l’œuvre que le patient accomplit sur lui-même par son engagement dans sa psychothérapie, ou encore vers celle qu’il crée en art-thérapie1 et sur laquelle le narcissisme se transfère, passant du thérapeute inconsciemment perçu par le patient comme « belle image de lui-même » selon Bela Grunberger, à l’œuvre qu’il réalise, sa propre création objet de son transfert, avec qui il instaure une nouvelle relation réparatrice de l’image de lui-même. Cette opération renforce le processus de subjectivation sans forcément passer par le traitement freudien du transfert.
La psychothérapie relationnelle s’émancipe donc parfois de l’apport théorique de la psychanalyse même si elle s’en inspire souvent, se donnant la liberté d’explorer des voies créatrices nouvelles autant théoriques que pratiques, hors des sentiers battus.

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