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Le mécanisme transférentiel, base de la thérapie relationnelle

Publié le 24 mai 2016

Par Christiane Laurent, docteur en médecine, superviseure agrée par le SNPPsy

En écho au précédent article d’Yves Levèbvre : la relation de transfert en psychothérapie relationnelle.

Pour commencer quelques définitions afin de comprendre de quoi nous parlons exactement :

Ma définition du transfert sera simple : émotions ou sentiments que le patient a envers son thérapeute, de même que je définirai le contre transfert comme les émotions ou sentiments que le thérapeute a envers son patient.
Que la thérapie soit dite relationnelle ou pas, ce processus fait entièrement partie de toute relation et de la relation de soin en particulier .
Qu’on le veuille ou non, que l’on en soit conscient ou non, dès qu’il a relation il y a échange émotionnel positif ou négatif.
Même si beaucoup d’acteurs du soin ne tiennent pas assez compte de ce paramètre, et veulent jouer à tout prix les techniciens (qu’ils soient médecins ou psychologues comportementalistes), l’échange émotionnel est présent dans la relation et influence le soin.
Beaucoup d’études scientifiques sur l’effet placebo sont là pour le prouver (ce serait l’objet d’un autre article si cela vous intéresse).
Faire fi de cette réalité est malheureusement une attitude très répandue.
Quant à nous, praticiens relationnels qui basons le soin sur la relation, nous sommes rejetés aux frontières de l’univers des soignants, ce qui n’est pas bon signe quant à l’état du soin et particulièrement du soin psychique dans notre pays.

Ceci posé, analysons plus avant ce qui se passe dans cet échange émotionnel. Comme tout échange émotionnel, il comprend une partie consciente et une partie inconsciente, une partie d’émotions adaptées à la situation et une partie de projections venant de la mémoire émotionnelle des protagonistes et qui renvoie à leur passé.

Il n’y a donc pas que le patient qui fait des projections, le thérapeute aussi et les deux ressentent les émotions qui y sont liées.
La différence c’est que le thérapeute ayant normalement fait un travail d’introspection sérieux,
est beaucoup plus conscient des projections de toute nature que son patient.
Cependant les émotions ne pouvant en aucun cas être maîtrisées, sauf dans leur expression ( c’est ce que nous dit la neurobiologie), la seule chose qui peut être accomplie est d’en prendre conscience le plus possible, les accepter et essayer de les relier au passé, à leur origine.

Les projections du patient peuvent être très variées en fonctions des problématiques et du moment de la thérapie, elles ne sont pas forcément d’ordre parental.
L’article d’Yves suggère que nous pouvons travailler avec les projections, les orienter pour s’en servir comme un outil.

Pour moi la manière dont le thérapeute peut orienter les projections (et donc les émotions du patient) dépend surtout de la manière dont son inconscient se situe, de la posture dans laquelle il se place, et qui peut varier en cours de thérapie (une bonne mère, une mère sévère, un père distant, un grand frère compréhensif, un professeur attentif, un presque compagnon de route, un soignant dévoué.......)
Il me semble très important que le thérapeute ait le plus de conscience possible de la manière dont il se pose devant le patient : Quelles répercutions cela va-t-il avoir sur la relation thérapeutique ?

Peut-on faire semblant d’être une mère sévère quand tout notre inconscient nous pousse à être une bonne mère ? Peut-on jouer le frère compréhensif alors que les sentiments qui nous animent sont ceux d’un père distant ?

Je n’en suis pas sûre ; dans mon expérience, ce qui est important c’est la conscience que le praticien a de sa posture, et c’est dans la supervision qu’il va pouvoir le mieux faire un état de la situation.
La prise de conscience des affects opère souvent une modification de ceux-ci mais cette modification n’est pas vraiment volontaire.
Le thérapeute voit ses affects se modifier avec les prises de conscience, ce qui va orienter différemment les affects du patient.....
D’où l’importance capitale de la supervision : travailler sur nos affects et nos projections. Pour moi quelque soit notre méthode, notre outil de travail est notre psyché , à 80% constituée par notre inconscient.
Que nous soyons art thérapeute, onirothérapeuthe, sophrothérapeute, gestaltiste, jungien......(que ceux que j’ai omis me pardonnent), cela ne change rien à l’affaire . Toutes les méthodes donnent la part belle au transfert et contre transfert, ce n’est pas parce que certains le nient ou en minimisent l’effet que cela n’est pas opérant.
J’aurais tendance à proposer que : plus on l’ignore, plus cet effet opère, comme vous avez sûrement pu le constater dans votre pratique.

Et c’est au travers de cet échange émotionnel relativement sécurisé pour le patient que la sphère émotionnelle de celui-ci peut évoluer vers un soulagement, un mieux être , une meilleure adaptation à la réalité. Puisque c’est cela le but de notre travail.

Cette sécurité est une facteur important, et c’est le cadre que nous posons et notre respect du code de déontologie qui en sont les garants (sans détailler j’entends par cadre les conditions matérielles de déroulement de la thérapie).

Être praticien relationnel, c’est donc respecter la déontologie, être capable de mettre un cadre adéquat, veiller à son respect, et avoir une grande connaissance de notre propre psyché, ce qui va nous rendre le plus conscient possible des mécanismes transférentiels en constante évolution dans le travail thérapeutique.

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