SNPPsy

Psychopraticiens
Psychothérapeutes
Psychanalystes
Psychologues
Médecins
Psychiatres

Actualités

Pétition pour le maintien de l’enseignement de la psychanalyse à l’université

Publié le 27 novembre 2013



3 décembre 2013la campagne de signatures a pris fin

Il a été décidé que la mention de la psychanalyse continuerait à figurer comme auparavant dans les Masters de psychologie.

Merci aux signataires qui ont soutenu les initiateurs de cette pétition.



La psychanalyse chassée de l’université ? Trente ans d’Histoire pourraient basculer


Par Philippe Grauer

Période Lagache

La psychanalyse s’est vue introduire à la Libération à l’université par les soins du normalien docteur Lagache, premier psychanalyste professeur à la Sorbonne en 1947, qui voulait "L’unité de la psychologie," expérimentale et clinique (1949). Son parcours résume l’installation de la psychanalyse à l’université. En 1955 le voici dans une chaire de psychologie psychopathologique, après avoir créé en 1952 le Laboratoire de psychologie sociale. Puis il cofonde avec Lacan la SFP en 1953 et on le retrouve premier président de l’APF en 1963. D’abord psychopathologue selon Karl Jaspers, Lagache analysé par Lœwenstein produira des ouvrages de référence dont un Que sais-je La psychanalyse (1955) et parrainera le Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis (1967). Sorte de Marcelin Berthelot du carré psy, il connaît tout. Enfin presque, il reste hors de sa sphère de compétence la psychothérapie institutionnelle, la non directivité et la psychosociologie. C’est lui en tout cas qui préside à l’installation en psychologie de la psychanalyse, et à ce qu’il voulait comme leur fusion. On peut le considérer comme le père de la psychanalyse universitaire française.

Trente glorieuses psychanalytiques

Dans les vingt ans qui suivent celle-ci s’installe pleinement en psychologie clinique. La voici chez elle en psychologie. Enfin, presque, elle n’est qu’hôtesse. L’intégration se fait telle que bientôt tout psychanalyste français appartenant à une société doit être aussi au moins psychologue, comme tout psychologue s’il aspire véritablement à la clinique est invité à le faire sous les couleurs de la psychanalyse. Le territoire qui sert d’interface c’est la psychopathologie [1]. Corrélativement un psychiatre sur deux sous l’impulsion du lacanisme se donnera une teinture de psychanalyse. La psychanalyse aussi aura connu ses Trente glorieuses.

le reflux

Cela va durer jusqu’au reflux, à partir des années 75. Le balancier repart dans l’autre sens, avec l’irruption de la psychologie humaniste américaine (depuis les années 60, accélération en 70), la Dissolution lacanienne (1980), la fondation du SNPPsy (1981), l’impulsion a-théoriciste de la psychiatrie réorientant le DSM3 (1980) jusqu’au DSM4 (1996) et maintenant le 5, la Déclaration de Strasbourg (1990) et le premier Congrès de Vienne (1996) qui marquent la montée en puissance des psychothérapeutes (généralement non psychologues, encore moins psychiatres). À partir des années 90 dans le discours des médias si on éprouve des difficultés personnelles on ne va plus voir un psychanalyste mais un psychothérapeute. On n’a plus un inconscient mais un cerveau. Le référentiel culturel et l’imaginaire collectif ont basculé.

C’est alors qu’apparaît l’évaluationnisme [2] et que montent en puissance les neurosciences et le scientisme. C’est sur fond de statisticisme qu’on entreprend de mesurer les effets psychothérapiques de systèmes auxquels les instruments de mesure ne sont pas adaptés. Peu importe la cause est entendue, la psychanalyse n’est plus dans la course. Bientôt prise à partie par les parents pour ses pratiques dans le domaine de l’autisme, elle se verra éliminée de ce champ de soin hospitalier.

marché de dupes

Marché de dupes, au moment de la bataille des charlatans le Groupe de contact rassemblant le gros des sociétés françaises de psychanalyse a cru avisé de surfer sur la vague anti psychothérapeutes et de passer des accords avec les pouvoirs publics pour "préserver la psychanalyse", alors qu’on pouvait discerner qu’il s’agissait de grandes manœuvres dont les psychothérapeutes n’étaient que le prélude, visant à liquider l’ensemble des psychothérapies – psychanalyse incluse, centrées sur la dynamique de subjectivation.

À l’issue de l’opération charlatans le plan initial déploie à présent ses phases ultérieures. Il s’agit de rendre la psychologie aux psychologues et de la dégager de ce qui y reste de présence psychanalytique. D’où l’actuelle alerte pétitionnaire.

sauvons ensemble la dynamique de subjectivation

Nous ferons notre devoir, contrairement aux psychanalystes qui n’ont pas fait le leur à l’époque – à l’exception notable de la Cause freudienne, d’Élisabeth Roudinesco et du René Major du Manifeste pour la psychanalyse. Évidemment, nous ne sommes plus en position de force comme c’eût pu être le cas si nous avions bénéficié quand il le fallait de l’appui de toute la psychanalyse. Mais nous appuierons la pétition de nos collègues en difficulté.

La psychanalyse psychologique universitaire n’est pas sans problèmes, mais la question pour l’instant n’est pas là. Toute position perdue est dommageable à l’ensemble du camp subjectiviste. Nous invitons tous nos membres à signer la pétition proposée, cette solidarité les protégera eux-mêmes. Nous devons nous montrer unitaires, conformément à notre intérêt commun. Nous sauverons l’avenir, à condition d’en prendre soin ensemble.



POUR L’ENSEIGNEMENT DE LA PSYCHANALYSE À L’UNIVERSITÉ

L’enseignement de la psychanalyse dans le cadre de la formation des psychologues à l’université est menacé de disparition.

modèle unique

La réforme en cours, visant à rendre lisible l’offre de formation en master, conduit le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche à envisager une seule mention dans le cas de la psychologie. Par cette seule mention « psychologie », ne resteraient plus qu’une uniformisation et qu’un modèle unique dans la formation des psychologues.

L’enseignement de la psychanalyse à l’université, qui existe en psychologie depuis plus de 40 ans, n’a cessé d’attirer des étudiants, en France et de l’étranger, et a permis de former des milliers d’entre eux qui travaillent aujourd’hui dans le champ médico-social et psychologique.

faire disparaître un patrimoine intellectuel

La psychanalyse à l’université est une spécificité culturelle française ; faire disparaître son enseignement et l’attractivité de sa recherche serait non seulement priver les étudiants d’une formation professionnelle reconnue par leurs employeurs, mais reviendrait à faire disparaître un patrimoine intellectuel, à effacer l’histoire même d’une pratique et d’une théorie qui a contribué et contribue toujours au rayonnement culturel de la pensée en France et dans le monde.

L’orientation psychanalytique doit apparaître explicitement dans la nomenclature des formations en psychologie.


Premiers signataires

Etienne Balibar, philosophe, professeur émérite

Fethi Benslama, psychanalyste, professeur des universités

Geneviève Brisac, écrivain

Catherine Clément, philosophe, écrivain

Jean-François Chiantareto, psychanalyste, professeur des universités

Michel Deguy, poète, professeur émérite

Arnaud Desplechin, cinéaste

Eric Fassin, sociologue, université Paris 8

Roland Gori, psychanalyse, professeur émérite

Françoise Héritier, professeur honoraire au collège de France

Christian Hoffmann, psychanalyste, professeur des universités

Julia Kristeva, psychanalyse, professeur émérite

Laurie Laufer, psychanalyste, professeur des universités

Marie-José Mondzain, philosophe, directrice de recherche émérite au CNRS

Jean-Luc Nancy, philosophe, professeur émérite

Elisabeth Roudinesco, historienne, directrice de recherche

Jean-Pierre Sueur, Sénateur, rapporteur de la commission des lois

Alain Vanier, psychanalyste, professeur des universités

François Villa, psychanalyste, professeur des universités

Daniel Wildöcher, psychanalyste, professeur émérite.

POUR SIGNER LA PÉTITION

- Contacter Fethi Benslama, auteur de la pétition


voir aussi

- Philippe Grauer, "Comme prévu"
- Philippe Grauer, "La psychanalyse chassée de l’université ? Trente ans d’Histoire pourraient basculer" : version équipée d’hyperliens permettant de se repérer dans l’histoire et la terminologie.
- Philippe Grauer, "En dépit de l’envie"


Notes

[1Cf. à ce sujet, Philippe Grauer, "Éthique et psychothérapie, de la psychopathologie à l’autoproclamation", une analyse d’un article capital de Philippe Grosbois.

[2Cf.Briffault

Un message, un commentaire ?
Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?