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Psychothérapie relationnelle et psychologie du transfert

Publié le 7 décembre 2016

Du côté de chez Jung

On a pris l’habitude de dire que les facteurs de pertinence d’une psychothérapie sont liés à la qualité de la relation entre les deux personnes en présence.

Son dynamisme et son efficacité sont réputés dépendre des qualités humaines et empathiques du thérapeute, de l’accueil qu’il réserve à l’autre. Présence, awareness, écoute bienveillante, sans jugement, etc. caractérisent un certain type d’accompagnement. Ces qualités ne seront effectivement jamais de trop, surtout avec les patients carencés ou avec ceux qui ont plutôt connu jusque-là l’absence ou la maltraitance.

Un autre levier thérapeutique doit s’allier à ce naturel pour que l’échange produise quelques effets. Il correspond à la qualité de l’engagement du patient. La foi est plus belle que Dieu. Et toutes les vertus traditionnelles, force, courage, sincérité, etc. distinguent rigoureusement le patient d’un simple usager, d’un ayant droit, ou d’un client qui, comme le dit la réclame, a tous les droits. La passivité ou l’ancrage victimaire de celui qui ne fait qu’externaliser les responsabilités appelleront par exemple une autre réponse du thérapeute plus confrontante qu’empathique.

Un troisième facteur qui permet de sentir l’opportunité d’une thérapie est évidemment lié à l’ouverture du thérapeute. Celui-ci connaît en principe ses conditionnements et ses limites, il a dû travailler pour les intégrer ou pour les dépasser, devenant ainsi capable d’interroger certaines des manifestations de son contre transfert et de ne pas trop projeter sur autrui sa vision des choses et sa réalité... On pourrait attendre de lui qu’il remette constamment son métier sur l’ouvrage, ne s’enferme pas dans une doxa et naturellement qu’il accepte d’être "vérifié", (comme on disait autrefois) par un ou une aîné(e). Tout cela ne le rendra certes pas parfait, mais sans doute lui conférera la modestie nécessaire pour ne pas se croire thaumaturge ou au contraire se considérer comme un incapable, en s’enfermant dans sa subjectivité ou en se laissant enfermer dans celle de son patient.

L’ouverture du thérapeute ne se limite pas à l’acquisition d’un point de vue relatif, bienveillant, lucide et conciliant et à une philosophie du doute. Et pas plus à une vision intégrative ou pluridisciplinaire. Elle correspond aussi, et peut être davantage, à un enracinement et à une forte relation avec la nature, l’intériorité, le non moi et la transcendance. Jung le disait déjà lorsqu’il répondait à ceux qui l’interrogeaient sur sa psychothérapie : "Ma méthode c’est moi". Cette saillie n’était en rien une provocation égotiste. Il voulait par là signifier que ce qui peut être efficace dans la relation, ce n’est pas la technique (seule ou principalement), mais d’une part tout ce qui a été vécu par le thérapeute, et d’autre part tout ce qui le traverse et qui émane de lui, qu’il le décide ou non.

Dans une relation où deux personnes sont impliquées, quelque chose se transfère dans les deux sens. Effets d’induction, influences, projections, portage de l’un par l’autre, contamination du second par le premier, mélange de natures. Il s’agit d’une alchimique histoire d’amour. Les deux travaillent ensemble et dans une impossible neutralité. Et quand bien même les choses se passent relativement en douceur, sans projections ni réactions excessives (supposons donc que les comportements ont été réajustés, qu’on a dépassé le stade des troubles graves de la personnalité), cela ne supprime pas les transferts.

Ce n’est pas seulement que cela se passe sous la table, que l’inconnu de chacun fricote avec celui de l’autre, qu’il reste toujours un petit quelque chose qu’on pourrait abusivement qualifier de névrotique, et qui est peut être seulement naturel : le besoin d’amour, d’appui, de reconnaissance, d’identification, les effets de l’éros qui relie…

Il reste du transfert tout simplement parce que la personne qui se soumet à une analyse ou à une psychothérapie vient pour avancer, réparer certes mais encore plus construire, se rapprocher d’une entièreté, s’élargir, s’ouvrir, pour que ça coule, pour que la vie connaisse moins d’entraves. Alors que fait cette personne ou plutôt qu’est ce qui se fait à son insu ? Elle se branche sur le thérapeute, et elle profite de la nature de ce dernier. Elle s’en nourrit, ce qui ne veut pas dire qu’elle dévore le thérapeute (sauf s’il fait preuve d’amateurisme et ne sait pas calculer la bonne distance). Cela veut dire qu’elle va être « contaminée » par cette nature.

En psychothérapie analytique jungienne il n’est pas rare d’observer que la liaison forte que le thérapeute entretient avec l’inconscient, son degré d’enracinement dans une telle terre intérieure, exerce un effet sensible sur le patient. Celui-ci commence à recevoir des rêves, et plus ou moins rapidement il est travaillé, opéré, par le processus que l’inconscient déroule en lui. En fait, tout se passe comme si l’inconscient était radioactif. Le patient est en quelque sorte irradié.
Ce terme n’est pas du tout exagéré car les contenus qui montent à la conscience, rêves et visions, qui peuvent présenter un aspect fort désagréable ou à l’inverse correspondre à des ressources nouvelles quasi transcendantes, pénètrent l’âme du patient, et ne sont donc pas dénués d’effets cognitifs et somatiques.

On doit souligner que le patient profite de la relation que le thérapeute entretient lui même avec les flux et les dynamismes inconscients. Cette ouverture stimule sa propre ouverture. En termes alchimiques, une multiplication, un rayonnement doré se produit, le Soi appelle le Soi. Ou, comme le dit l’adage : "Le feu apaise le feu et le Mercure réjouit le Mercure".

La qualité de la relation vient aussi de ce qu’il y a à partager. Et ce qui est à partager ne vient pas de la personnalité ni de la culture forcément limitées ou singulières du thérapeute. En psychologie analytique la pertinence et l’abondance de l’échange thérapeutique sont la conséquence de l’accès possible à des informations précises et frappantes, dérangeantes ou réconfortantes que donnent les images et scénarii oniriques, puis aux ressources illimitées de la psyché objective (de la Nature en nous) et à l’énergie des structures archétypiques (qui soutiennent la constitution et le développement de tout psychisme individuel).

Lorsque le mobile principal de l’analyse ou de la psychothérapie est la recherche de sens, ce qui est tout de même assez fréquent, surtout lors de la deuxième partie de la vie, si l’accompagnement s’appuie sur le recueil systématique des rêves, on va beaucoup s’intéresser au « processus », ainsi qu’au travail en commun réalisé par les partenaires intérieurs (esprits, instances dynamiques, représentants de l’inconscient, etc..) que sont l’animus ou l’anima du thérapeute et l’animus ou l’anima du patient. On va donc beaucoup se pencher sur les révélations qui sont faites, sur la symbolisation naturelle de la psyché, sur le langage de l’âme, et sur les opérations intérieures de destruction et de reconstruction, sans forcément les référer à l’histoire de la personne.
On va aussi s’intéresser à ce curieux ménage à quatre proposé par Jung dans une de ses œuvres majeures "La psychologie du transfert" (parue en 1946 dont les cinquante premières pages d’introduction constituent une formidable leçon de psychothérapie). L’auteur décrit à l’aide d’images de la tradition alchimique (extraites du Rosaire des philosophes) les différents ressorts de la relation et ce qu’elle soutient, à savoir l’évolution qui conduit vers l’unité et la réalisation d’un couple intérieur. Celui-ci, qui peut être considéré comme le but du cheminement analytique, correspond dans une certaine mesure à ce que l’on appelle aussi le « salut » ou la libération dans les traditions philosophiques et spirituelles : soit un état de moindre contradiction et de résolution des tensions, une coopération accrue entre la volonté et la décision consciente et les inspirations ou les intentions en provenance de ce qu’on appelle l’inconscient, une présence de l’âme unie à l’esprit dans le corps, un équilibre entre éros et logos, et une relation plus harmonieuse entre le féminin et le masculin de l’être, etc. On n’entrera pas ici dans une considération plus poussée de ce que Jung nomme individuation, que l’on pourrait aussi bien qualifier de réalisation de la conscience. Précisant seulement qu’en analyse, ce « salut » est fortement favorisé par la pénétration réciproque des inconscients des deux protagonistes.

Il n’est pas inutile de mentionner que le mobile de la recherche de sens, principalement allégué par le chercheur, l’analysant ou le patient, qui vient consulter ou échanger, ne le dispense nullement du travail sur l’ombre. Les mouvements de descente qui affectent celui qui voudrait s’élever font partie intégrante de la créativité de l’inconscient ? Le constat sera donc fait que la personne ne pourra pas faire l’économie du "voyage à travers les planètes", ce qui la conduira à rencontrer des affects et d’autres états émotionnels redoutés et à traverser des champs énergétiques dangereux et bouleversants. Le thérapeute ne redoutera pas de tels passages d’enfermement de son patient dans "l’œuvre au noir" pour, d’y être passé aussi et d’avoir été brassé très sensiblement, en connaître l’horreur mais aussi la fécondité. Il pourra alors "contenir" l’affligé qui encaisse ce que lui même a déjà encaissé, et lui offrir un vase fait de son écoute et de sa "présence", l’aidant ainsi à supporter la charge de l’inconscient.

Après un peu plus d’un an de travail une femme qui vivait une régression aussi cuisante qu’indispensable reçut les deux rêves suivants qui avaient certes besoin d’être partagés avec un thérapeute, tempérés et interrogés, ou médités de concert.

Voici le premier :
Une salle avec plusieurs tables. Je suis installée avec mon compagnon.
Je suis surprise, il sort de ma bouche un fil et des paillettes d’or s’envolent, je tire le fil ; il est long et au bout je sors 2 fois 3 cailloux. Ce sont 3 triangles de forme pyramidale, chacun de taille différente. C’est douloureux mais supportable. Je garde les cailloux dans les mains.
A une autre table, 3 femmes, une m’a vu faire et se dirige vers moi. Elle me dit que c’est un oracle, elle est très enjouée. Une autre me dit que c’est incroyable car j’ai sorti le serpent
D’autres personnes viennent vers moi ; tout le monde est sidéré et émerveillé… : On m’allonge pour vérifier que je vais bien, j’ai une foule autour de moi.
Les cailloux partent en analyse, des médecins me font des radios.
Une seule personne que je ne vois pas mais que j’entends au fond de la salle estime que c’est un coup monté, une arnaque. Je l’entends très faiblement.

La rêveuse est donc comme Jean Chrysostome. Le fil d’or est celui de sa propre individuation. L’idée de la transformation et du renouvellement au moyen du serpent est un archétype bien attesté. Les résistances de la personne s’expriment néanmoins à la fin du rêve. L’état de conflit entre conscient et inconscient peut contribuer à expliquer la violence du second rêve qui se réfère aussi à l’histoire de la personne, et bien sûr à la difficulté (inévitable) du travail avec le thérapeute :

On est avec les coureurs du club de mon compagnon. Ils font diverses expériences en lien avec leur activité. Certains doivent aller dans un bain froid, je me dis que je ne pourrais pas y aller, je n’aime pas le froid. Mon compagnon y va avec une fille du club, elle est mince et a des sous-vêtements roses. Ils sont sur le ventre l’un a coté de l’autre et mettent la tête sous l’eau. Lui doit maintenir la sienne sous l’eau, jusqu’à ce qu’elle ait la sensation de mourir. Il reprend son souffle mais l’empêche elle de le faire. Il lui appuie sur les fesses et la tête jusqu’au moment où il lâche, il craque et pleure. Elle suffoque et est traumatisée, il la console et lui demande pardon, il la serre sans ses bras. Elle passe devant moi et je lui demande ce qu’elle a ressenti. Elle me répond qu’après ce type d’expérience, on n’a plus jamais envie d’arrêter de vivre, des larmes montent à mes yeux, je la rattrape lui demandant de répéter. Elle me dit que même si quelqu’un est dépressif, ça soigne de se croire mort.

Décembre 2016 Bertrand de la Vaissière auteur de l’ouvrage Le travail des rêves en psychothérapie analytique jungienne (Clinique alchimique) Ed du Dauphin Paris 2013

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