Du côté des colloques – À lire et à écouter

Le 6 juin 2026 s’est tenu au Sénat un colloque intitulé « Défendre la relation dans les soins psychiques ».

Ce thème nous concerne au premier plan. C’est pourquoi le Collège du SNPPSY vous invite à visionner les interventions de ce colloque.

Visionner les interventions sur YouTube

Vous trouverez ci-dessous un résumé écrit de l’introduction du colloque, réalisé par André, membre du Collège du SNPPSY, à partir de sa transcription.

Introduction de Raymonde Poncet

Organisatrice du colloque, sénatrice écologiste du Rhône et vice-présidente de la commission des Affaires sociales du Sénat.

Ce colloque a pour objet de répondre aux inquiétudes soulevées parmi les professionnels du soin psychique par deux projets de loi.

Deux projets de loi qui suscitent des inquiétudes

1. L’intégration des centres experts en santé mentale dans le Code de la santé publique

Le premier projet porte sur l’intégration des centres experts en santé mentale dans le Code de la santé publique et leur financement par le biais de la fondation privée FondaMental.

Ce projet a été adopté par le Sénat sans évaluation ni étude d’impact, sans recherche de consensus dans la profession et sans l’approbation de la DGOS (Direction générale de l’offre de soins – ministère de la Santé).

Ce dispositif repose sur les réponses de patients à des questionnaires, qui ont permis de recueillir des masses de données et servi à émettre des recommandations destinées aux praticiens, sans lien avec le soin ni son suivi.

Ainsi, le législateur a introduit de nouvelles normes où sont redéployés les financements, dans un contexte d’injonction à réduire les dépenses publiques et en se fondant sur la croyance dans les promesses de l’opérateur privé de réaliser des économies faramineuses, en fait non documentées et spéculatives.

2. Le déremboursement des soins psychiques d’orientation psychanalytique

Le second projet, finalement retiré, portait sur le déremboursement des soins psychiques se réclamant de l’orientation psychanalytique. Il fait craindre un contrôle administratif des pratiques.

La place de la parole et de la relation dans les soins psychiques

Ce colloque interroge la place de la parole et de la relation dans les soins psychiques, ainsi que le rôle du législateur dans ce domaine, face au risque d’une offensive systémique.

Ce risque apparaît particulièrement dangereux dans le contexte actuel de dérives autoritaires, où se manifeste une volonté politique d’imposer une orientation théorique à certaines pratiques, par l’effacement, voire la répression, des autres.

Un glissement s’est manifesté au sein de la Haute Autorité de santé (HAS), qui est passée des recommandations de bonnes pratiques professionnelles, conçues comme une aide à la décision, à la désignation d’approches cliniques qu’elle juge « non consensuelles », puis « non recommandables ».

Si cette dynamique se poursuit, ces recommandations pourraient devenir opposables, alors que le soin psychique est éthiquement centré sur la singularité du sujet.

Des dispositifs de sélection des pratiques thérapeutiques

Peu à peu se sont mis en place des dispositifs au service du tri des pratiques, concernant d’abord les psychologues libéraux.

Dans le cadre du dispositif « Mon soutien psy », certaines approches sont écartées lors de la sélection des professionnels souhaitant devenir partenaires.

À cela s’ajoute une pression sur les psychologues du secteur public pour participer à ce dispositif, alors même que les institutions publiques sont en grande difficulté. On voit ainsi se profiler un processus de substitution au détriment des structures de secteur.

L’évaluation des soins relationnels : quelles limites ?

L’ANESM (Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux) prodiguait des recommandations dans le champ social et médico-social.

Mais son intégration à la HAS — ou plutôt son absorption — en 2018 a étendu aux soins relationnels les méthodes d’évaluation et de validation des traitements médicaux et des médicaments « par les preuves ».

Cette évolution laisse de côté les critères qualitatifs : qualité de vie, qualité de la relation thérapeutique et évaluation sur le temps long, voire sur toute une vie pour certaines pathologies mentales.

Penser la relation, c’est aussi penser notre modèle de société

Penser la relation — et son effacement —, c’est penser notre modèle de société.

Les théories qui s’annoncent supposent un individu autonome et rationnel, sans conflits intrapsychiques, voire sans inconscient.

Elles rejoignent certaines théories économiques et le discours idéologique de l’homo economicus, dont les comportements de consommation et de production dépendent d’un calcul rationnel entre la satisfaction de ses besoins et désirs et les efforts à fournir pour les atteindre.

Ce modèle a fait la preuve de son inefficacité, mais les politiques publiques s’en inspirent par pure idéologie néolibérale, propre à la société de marché.

Préserver la liberté des pratiques et la démarche scientifique

Il y a là une dimension autoritaire et non démocratique.

Dans une société démocratique, aucune orientation théorique en psychiatrie ne peut être imposée. On réfute toute science d’État, les experts des agences dites indépendantes ne prennent pas de position publique, on protège la liberté de prescription et les positions idéologiques ne priment pas sur la démarche scientifique.